the show must go on

Tout le monde est mécontent :
un voleur a dérobé la guitare du musicien.
Le concert n'aura pas lieu.

Le guitariste spolié est au commissariat.
Les autres membres du groupe sont solidaires
et refusent de jouer.

Réaction controversée :
the show must go on

Le public est vénère :
"je suis là avec mes mômes et ma femme, je bosse toute la semaine, c'est pas parce qu'une guitare a été volée que le concert doit s'arrêter. Et si le guitariste s'était fracturé la main ? Il se serait passé quoi ? C'est pas parce que c'est gratuit que le public ne doit pas être considéré. Solidarité ? Quelle solidarité ? Le peuple qui compte sur ça, c'est quoi ? Vous prenez la décision tout seuls d'arrêter et vous n'en avez rien à faire du public !"

Les organisateurs sont à bout. Ils ont travaillé jour et nuit pour la Fête du Bassin de la Villette. Ils sont tristes. Ils sont déçus.

Les musiciens n'aiment pas qu'on les comprennent pas.

Et entre deux éclats de voix, le comité et le groupe s'affairent à tout ranger.

Autre visage de la fête.
Et c'est toujours le Printemps.


Type de document : carnets personnels

Auteur fictif : Pierre

Auteur réel : Ecriture collective

Provenance du texte : Printemps de la Démocratie

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

> changer les liens

domestiquer le vent

Qui peut se prévaloir d’avoir jamais apprivoisé le vent ?

Les hélices taillées dans les feuilles de platane de notre enfance, les ailes des moulins, la voilure de nos vaisseaux peuvent tout au plus prétendre l’avoir retenu un seul instant fugace. Et gare à celles qui se risqueraient à l’emprisonner trop longtemps !

D’une feinte colère et d’un coup de reins sans appel, il aura tôt fait de culbuter qui s’oppose à la détermination brouillonne de son bélier têtu.

Ne vous hasardez jamais à lui résister et gardez-vous de ses emportements.
Mais si, comme je le devine, son impétuosité vous attire et agace vos sens, usez de stratagèmes.

A Lamporecchio, le corps de bâtiment principal est orienté plein sud. Mais le surplomb rocheux dont on a voulu se tenir au plus près impose au jardin un arc de cercle qui le force sur sa gauche de telle sorte qu’il regarde davantage vers le levant, droit sur le clocher de Vinci.

Je me plais à l’entretenir dans un état de liberté qui valorise chacun de ces spécimens rapportés avec mille précautions des antipodes ou plus simplement des collines voisines. Mais j’aime aussi laisser des plantes commensales organiser leur vie, harmoniser leurs rapports, les inverser parfois... De cela, je vous parlerai prochainement.

Aujourd'hui, c’est du vent que je vous entretiendrai, contraint par la pluie qui bat mes volets à la cadence effrénée du heurtoir de ma porte, de déserter mes allées.

Mes girouettes les plus ingénieuses n’ont jamais conservé d’autre trace de son passage que la marque luisante d’une usure inégale de leur hampe suivant sa direction dominante.

Au fil du temps, cependant, j’y suis parvenu.

J’ai disposé trois larges vasques de terre cuite d'Imprunetta remplies de terreau généreusement sarclé. La première, à l’extrémité du mur au couchant, la seconde, contre le mur qui regarde au levant, la troisième, abritée derrière la margelle du puits.

Toute l’année exposées aux rafales, je recueille au printemps les fruits de leurs amours tumultueuses avec les vents.

Et là où d’ordinaire on ne voit que caprices, bousculades confuses, on mesure combien, souvent, la constance a présidé à ces rencontres.

Dans la première, je reconnais l’empreinte du vent de la mer qui a charrié avec lui les joncs et les tamaris du Padule di Fucecchio. Il me raconte l’âpreté de la Maremma. La deuxième, bien qu’au levant, ne porte que la signature du vent du nord qui dévale les pentes du Monte Albano et décoiffe San Baronto. Les cistes cotonneux y dominent, austères sous leur bure grise et leurs pétales froissés.

De toutes, seule la troisième ne peut dissimuler une existence heurtée : à l’abri derrière la margelle du grand puits mais au soleil du lever jusqu’au coucher, nous la croyions à la seule portée des euphorbes et des joubarbes qui s’insinuent entre les pierres qui l’abritent. Que nenni ! C’est en pleine lumière mais à l’insu de tous qu’elle a accueilli les semences des vents de passage venus tourbillonner rageusement autour du puits. Ivre de parfums exotiques, de chuintements et de cris elle a cédé à chacun.

Oublieux, ils ont laissé derrière eux une cacophonie indéchiffrable en guise d’histoire. Que des années de patientes germinations et de soins attentifs finiront cependant par métamorphoser en un jardin enfin apaisé.

C’est ainsi, voyez-vous, que j’ai débusqué, traqué, dispersé les vents tourmenteurs.

Je vous souhaite une nuit réparatrice.

La penso teneramente.

Au Capitaine L


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Dottore Pi

Auteur réel : anonyme

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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