le XIU n'impose pas

Le XIU n'impose pas une dictature ni une théocratie ni un féodalisme. Il ne prône pas le mérite ni même le hasard. Il ne s'appuie pas sur la résignation et ne se justifie pas au nom de la raison. Il allègue simplement la défense des droits individuels et des intérêts privés. Et il les pousse jusqu'au bout. Pour le Bien Commun.

La liberté d'expression est totale : la censure n'existe pas. Officiellement.

Mais, comment s'exprimer quand toutes les idées et expressions sont soumises aux droits d'auteurs ? Quand, pour pouvoir aligner quelques métaphores courantes, il faut l'autorisation de l'organisme chargé de la défense du Patrimoine Sémantique? Quand toute publication doit s'acquitter de droits forfaitaires prohibitifs, accessibles à quelques grands consortium multinationaux toujours affiliés, par une ramification ou une autre, au XIU.

Quant à l'artisanat de l'information et de la culture - les indépendants et petites entreprises - ils sont eux aussi obligés de se regrouper dans des corporations pour arriver à payer les droits d'auteurs. Ces corporations n'ayant d'autre choix que de trouver des accords, elles aussi, avec le XIU. Avec tout ce que cela sous-entend d'allégeance et de compromission.

Aujourd'hui, ce mécanisme nous parait normal. Nous l'avons intégré. Nous sommes heureux d'avoir le droit d'utiliser le langage pour parler et penser sans devoir payer un impôt spécifique. Nous remercions les syndicats d'enseignants d'avoir su défendre - aux premières années du XIU - la gratuité des droits d'auteurs pour les écoles.

L'idée même d'une zone franche lexicale dans l'espace publique nous paraît utopique. Il nous est difficile d'imaginer ce temps où des ordinateurs ne parcouraient pas tous les discours et écrits, images et musiques, pour relever le nombre de séquences employées soumises au copyright.

Aujourd'hui, une étape supplémentaire doit être entreprise par les aspirants au voyage interspatial : l'affranchissement de la soumission au copyright.

Vous devez apprendre à utiliser les mots, les notes, les sons, les formes sans peur d'être dans l'illégalité et l'illégitimité. Vous devez retrouver votre liberté. C'est une question de pensée et de psyché. Un déconditionnement intense.

Ensuite viendra le voyage. Alors. Seulement.


Type de document : DJ's classes : le XIU

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

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le poisson géant

Nous voguâmes ainsi un certain nombre de jours et de nuits.

Nous quittions une mer pour entrer dans une autre, nous laissions un continent pour nous diriger vers un autre, nous nous éloignions d'une île pour aller vers une autre, et durant tout ce temps nous vendions, nous achetions, et parfois même faisions du troc.

Notre voyage était déjà bien avancé lorsque nous arrivâmes un beau jour en vue d'un île verdoyante, gracieuse, dont le sol plat était tout tapissé de gazon : on se serait cru aux jardins du Paradis.

Je fis tomber la grande voile et donnai ordre de plier la voile de misaine et de jeter l'ancre. Nous prîmes nos dispositions pour demeurer un temps sur le rivage de cette île.

Les marchands quittèrent le navire et allèrent se détendre en faisant quelques pas sur la rive ou en s'allongeant dans l'herbe. Certains d'entre eux construisirent un foyer, allumèrent du feu et firent dans un grand chaudron bouillir de l'eau afin d'y laver leurs vêtements.

D'autres voulurent se préparer un repas chaud. D'autres encore, ravis par l'état du gazon, s'assirent en groupe sans autre manière afin de déguster quelques nourritures froides, fort occupés à boire, à se réjouir, à jouer de divers instruments de musique, ou tout simplement à se reposer.

Pour moi, je fus du nombre de ceux qui choisir d'explorer les côtes de l'île.

Pendant que nous nous occupions ainsi à passer le temps, voici brusquement que le sol de l'île se met à bouger et à trembler. Le capitaine, qui se tenait debout sur le bord du navire, se prend à crier de sa voix la plus haute et nous interpelle en ces termes :

- Bonnes gens, ô passagers du navire, cherchez plutôt à sauver votre vie ! Rejoignez le bateau ! Faites vite ! Revenez à bord, laissez là tout ce qui vous occupe. Ne songez qu'à votre délivrance : épargnez à votre existence le risque d'une perte définitive ! Cette île sur laquelle vous vous trouvez n'est pas véritablement une île. C'est un poisson géant qui flotte à la surface des eaux! Il a dû rester longtemps immobile, des alluvions se sont accumulées sur son dos, et ces plantes que vous avez vues y ont poussé. Lorsque vous avez allumé le feu, il a senti la chaleur du foyer et s'est mis à bouger. Le voilà qui s'apprête à plonger avec vous jusqu'au fond de l'eau! Cherchez donc à sauver votre vie! Accourez tous sans attente, remontez vite à bord!

L'île, avec tous ceux qui se trouvaient dessus, ne tarda pas en effet à s'enfoncer, comme aspirée vers le fond de la mer.

Les uns se mirent à nager et purent ainsi atteindre le bateau. D'autres, moins heureux, se noyèrent.

Le navire quitta bientôt les lieux de la catastrophe et gagna le large, assailli par les vagues, brutalisé par les coups de boutoir qu'assenait l'océan houleux.


Type de document : journaux de bord

Auteur fictif : Dottore Pi

Auteur réel : Inconnu

Provenance du texte : Liste de l'éducation nationale

Référence : Sindbad le marin

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