soixante ans de Neuvième

Le Neuvième fourmille d'histoires, de gens célèbres.

Allan Kardec, est-ce que vous savez qui est Allan Kardec ? Vous ne savez pas…

Le maître spirite, pas spirituel, spirite, qui a écrit Le Grand Livre des Esprits. C'est une croyance qui a beaucoup pris au Brésil et dans les îles. Et de nombreux touristes brésiliens viennent ici. Ils savent que Kardec a habité Rue des Martyrs. Justement dans mon immeuble.

C'est amusant parce que les touristes s'arrêtent devant chez moi et regardent.

Avant de savoir pour Kardec, je me suis demandé souvent pourquoi ils photographiaient la façade, surtout que l'immeuble n'avait pas été ravalé, c'était vraiment très moche. Jusqu'au moment où j'ai compris que c'était un lieu de pèlerinage pour eux. En fait, il a écrit son livre au 8 rue des Martyrs.

J'ai reçu une lettre, un jour, qui demandait l'autorisation de poser une plaque sur l'immeuble. J'ai donné mon accord au nom du syndic mais voilà-t-y-pas que l'Union des Rationalistes a fait sauté une petite bombinette sur sa tombe au Père Lachaise. Et du coup, le projet de la plaque a été oublié.

Kardec était dans l'immeuble cour. Moi je suis dans l'immeuble rue.

Dans le temps d'ailleurs, cet immeuble rue, c'était un petit bordel qui s'appelait le Grand Huit.

Et regardez : quand vous imaginez que là, là, là il y avait trois brasseries énormes jusqu'à la guerre de 14. Des grands cafés comme vous les voyez dans les peintures de Manet ou de Renoir. C'était la seule montée pour aller au Moulin de la Galette. Forcément plein de vie.

Et oui, que d'images en 60 ans de Neuvième.


Type de document : chants des griots

Auteur fictif : Anonyme

Auteur réel : Brigitte

Provenance du texte : Printemps de la Démocratie

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

veste bleu marine

Châtelet. Ligne 14. Météor. Il portait une veste de marin bleu marine avec des ancres rouges sur le revers du col. Il était beau. Il ressemblait à ce que Loula m'avait dit de P'tit Gars. Il me faisait penser à ces aventuriers du grand large qui parcourent les films des années 50. Orson Welles, oui voilà, Orson Welles dans "The lady from Shangai", exactement.

Pourquoi m'a-t-il plus effrayée que séduite en ce bref instant où nous nous sommes croisés, quand j'entrais dans la rame et qu'il attendait sur le quai ?

Peut-être à cause de Loula et de P'tit Gars justement. Peut-être à cause du quai. Je me méfie des quais. Des hommes sur les quais. Des "qui sait" et des "plus jamais". Des coups de foudre et des coups de trop. Des regrets truffés de promesses.

De toutes les façons, il ne m'a ni souri ni regardé. Et moi, je n'ai vu que ses ancres rouges sur la laine bleu foncé.


Type de document : carnets personnels

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : 1

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