J’ai déposé Sgarideni à l’embouchure du Fleuve Léthé. Je n’irai pas plus loin. Une seule goutte de cette eau, et l’oubli saisira mon équipage. Je ne comprends pas ce qui pousse cet homme à entrer dans les Terres de l’Oubli.
Il dit ne rien risquer…
Sans doute porte-t-il un de ces implants cérébraux que l’Ordre des Joueurs a développé pour voyager en toute liberté et en toute sécurité. Mais un artefact humain pourra-t-il jamais contrer totalement toutes les facettes d’un des cours d'eau les plus puissants du Monde des Rêves et des Cauchemars.
Il ne peut l’ignorer. Il ne peut croire aussi aveuglément à la Science des Vortex, à l’Œuvre. Personne ne peut croire aussi aveuglément à l’infaillibilité des implants face à l’instabilité trop connue des lois kimériennes.
Une rage le pousse. Une rage plus forte que la Fidélité à l’Ordre. Plus forte que cette carte qu’il dit chercher dans la Zone Climatique des Rois.
Mais que m’importe, je n’ai pas à savoir quoi et je ne veux pas le savoir : je dois avant tout préserver mon navire, ma cargaison, mes hommes, mes femmes et mes chimères. Et cet homme-là ne m’intéresse pas.
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Cassiopée des Halles
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
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Châtelet. Ligne 14. Météor. Il portait une veste de marin bleu marine avec des ancres rouges sur le revers du col. Il était beau. Il ressemblait à ce que Loula m'avait dit de P'tit Gars. Il me faisait penser à ces aventuriers du grand large qui parcourent les films des années 50. Orson Welles, oui voilà, Orson Welles dans "The lady from Shangai", exactement.
Pourquoi m'a-t-il plus effrayée que séduite en ce bref instant où nous nous sommes croisés, quand j'entrais dans la rame et qu'il attendait sur le quai ?
Peut-être à cause de Loula et de P'tit Gars justement. Peut-être à cause du quai. Je me méfie des quais. Des hommes sur les quais. Des "qui sait" et des "plus jamais". Des coups de foudre et des coups de trop. Des regrets truffés de promesses.
De toutes les façons, il ne m'a ni souri ni regardé. Et moi, je n'ai vu que ses ancres rouges sur la laine bleu foncé.
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
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