Très objectivement. Très cérémoniellement.
Très intimement. Très radicalement.
Très obsessionnellement. Très savoureusement.
Très luxurieusement. Très simplement.
Très intégralement. Très minutieusement.
Très juteusement. Très croquamment.
Très dermiquement. Très centralement.
Très personnellement
J’aime les pommes
Névrotiquement
Culinairement
Amicalement
A la mort comme à la vie
A la dérision
A la folie
A l’ivresse
A l’envie
A foison
En catimini
Comme un larcin
Comme un droit
Comme une punition
Comme un réconfort
Assise, debout, au lit
Dans la rue
Au café
Dans les trains, dans les secrets
A table, au goûter
J’aime les pommes
Je les mords
Je les dévore
Je les suce
Je les dépèce
Je les avale
Je m’en rassasie
Je m’en baffre
Je m’en délecte
A en pleurer
A m’en tournebouler
Sur les pommes, j’écrirais la vie
Entière - entière - entière
J’écrirais des prières
Des bréviaires
Des recueils
Des traités
Des poèmes
Des recettes
Des anecdotes
Des études
Des paraboles
Des comptes-rendus
Je les vois, je les goûte, je les sens
Je les exècre
Elles me tiennent.
Les pommes.
Jaunes ou rouges ou mixtes ou terre.
Mais pas vertes. Jamais.
Type de document : vers
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
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Textes satellites : aucun
Petit jeu :
J'imagine …
Des chercheurs d'un autre monde, observent Paris, l'étudient. Période : 2001-2002-2003-2004-2005. Et ils tirent les conclusions suivantes:
"Les Parisiens vouent un culte public et absolu à une déesse chimérique,
mi-léopard — mi-papillon — hermaphrodite — menthe religieuse — guenon au pagne d'or — Sainte Vierge en Assomption.
Suivant les saisons, elle invoque des rites commerciaux différents et convoque ses ouailles dans un temple en forme de galeries.
Son culte implique qu'on la consomme sous forme de petits œufs noirs de poissons, double héritage chrétien [symbole archaïque du christ, d'une part, et hostie, de l'autre].
En convolant dans l'allégresse avec un géronte, cette déité promet une vigueur sexuelle absolue à tous les hommes. Mais, paradoxalement, elle menace ceux qu'elle aguiche de deux longs pics pointus qui couvrent ses seins, révélant ainsi le tabou absolu du corps féminin qui est dénudé pour mieux être prohibé.
Ce culte semble emporter l'assentiment général car l'espace public dans son entier est voué - sans protestation ni soulèvement - à l'adoration de cette figure païenne ."
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
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Textes satellites : aucun