Nous voguâmes ainsi un certain nombre de jours et de nuits.
Nous quittions une mer pour entrer dans une autre, nous laissions un continent pour nous diriger vers un autre, nous nous éloignions d'une île pour aller vers une autre, et durant tout ce temps nous vendions, nous achetions, et parfois même faisions du troc.
Notre voyage était déjà bien avancé lorsque nous arrivâmes un beau jour en vue d'un île verdoyante, gracieuse, dont le sol plat était tout tapissé de gazon : on se serait cru aux jardins du Paradis.
Je fis tomber la grande voile et donnai ordre de plier la voile de misaine et de jeter l'ancre. Nous prîmes nos dispositions pour demeurer un temps sur le rivage de cette île.
Les marchands quittèrent le navire et allèrent se détendre en faisant quelques pas sur la rive ou en s'allongeant dans l'herbe. Certains d'entre eux construisirent un foyer, allumèrent du feu et firent dans un grand chaudron bouillir de l'eau afin d'y laver leurs vêtements.
D'autres voulurent se préparer un repas chaud. D'autres encore, ravis par l'état du gazon, s'assirent en groupe sans autre manière afin de déguster quelques nourritures froides, fort occupés à boire, à se réjouir, à jouer de divers instruments de musique, ou tout simplement à se reposer.
Pour moi, je fus du nombre de ceux qui choisir d'explorer les côtes de l'île.
Pendant que nous nous occupions ainsi à passer le temps, voici brusquement que le sol de l'île se met à bouger et à trembler. Le capitaine, qui se tenait debout sur le bord du navire, se prend à crier de sa voix la plus haute et nous interpelle en ces termes :
- Bonnes gens, ô passagers du navire, cherchez plutôt à sauver votre vie ! Rejoignez le bateau ! Faites vite ! Revenez à bord, laissez là tout ce qui vous occupe. Ne songez qu'à votre délivrance : épargnez à votre existence le risque d'une perte définitive ! Cette île sur laquelle vous vous trouvez n'est pas véritablement une île. C'est un poisson géant qui flotte à la surface des eaux! Il a dû rester longtemps immobile, des alluvions se sont accumulées sur son dos, et ces plantes que vous avez vues y ont poussé. Lorsque vous avez allumé le feu, il a senti la chaleur du foyer et s'est mis à bouger. Le voilà qui s'apprête à plonger avec vous jusqu'au fond de l'eau! Cherchez donc à sauver votre vie! Accourez tous sans attente, remontez vite à bord!
L'île, avec tous ceux qui se trouvaient dessus, ne tarda pas en effet à s'enfoncer, comme aspirée vers le fond de la mer.
Les uns se mirent à nager et purent ainsi atteindre le bateau. D'autres, moins heureux, se noyèrent.
Le navire quitta bientôt les lieux de la catastrophe et gagna le large, assailli par les vagues, brutalisé par les coups de boutoir qu'assenait l'océan houleux.
Type de document : journaux de bord
Auteur fictif : Dottore Pi
Auteur réel : Inconnu
Provenance du texte : Liste de l'éducation nationale
Référence : Sindbad le marin
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
L'œuvre a été créée pour protéger l'humanité du danger que représentaient les Nomades.
Leur capacité de voyager à volonté, dans l'Imaginaire et dans l'Abstraction, parfois même dans le temps, les rend arrogants et dangereux. Il ne faut pas oublier que leur véritable ambition est de dominer le monde et de se faire passer pour des demi-dieux.
Mais leur aptitude naturelle pour le voyage n'est pas un don, c'est une maladie. Une incontinence mentale.
Les Nomades fuient la réalité et refusent de prendre part à l'effort général de croissance et de prospérité. Leur penchant pour l'ailleurs et la contemplation, couplé à leur incapacité pathologique de s'intégrer dans une société hiérarchique et solidaire, constitue une véritable tare dont l'effet contagieux met la planète entière en péril.
Nos Pairs Fondateurs l'ont compris de longue date et ont développé l'œuvre pour contrer cette influence désastreuse aux conséquences apocalyptiques.
Fort heureusement, l'impossiblité des Nomades à se constituer en société organisée, à s'unir, à collaborer, a eu raison d'eux et a permis à l'Ordre des Joueurs d'étendre son influence bénéfique sur les cinq continents d'Erel et sur bien des contrées numériennes et kimériennes. Toutefois, la victoire n'est pas définitive et nous devons rester constamment sur nos gardes. Avec l'émergence des Nouvelles Technologies, les Nomades font de plus en plus de recrues. En outre, il semblerait que - pour la première fois de l'histoire - ils aient réussi à créer une force de rassemblement et d'action, qu'ils appellent - dans leur habituelle puérilité - streetForce.
Il est donc plus important que jamais de mettre sous contrôle tous les Nomades, de les débusquer, de les rééduquer et de les rendre utiles à la communauté.
Votre enrôlement dans les Milices aidera non seulement l'Ordre des Joueurs mais également l'ensemble du Xenopan. Le Xenopan Intellect Universel et l'Ordre des Joueurs vous sont reconnaissants de votre loyauté. Le rôle du Milicien est primordial, le plus noble sans doute, car sans vous, Lusores ! , il n'y aurait plus de Jeu, plus de Ludus Solemnis, plus d'Electus, plus de XIU, plus de paix ni de prospérité dans le monde.
Et rappelez-vous que c'est parce que vous êtes les meilleurs Joueurs que vous avez été nommés à la Milice. La tâche du combat est la plus ardue. L'art du Potlatch sollicite tous les talents et toutes les technologies.
Type de document : XIU : notes internes
Auteur fictif : Anonyme
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun