que se passe-t-il

La plupart d’entre nous l’ignore, mais l’univers se partage en trois espaces : le monde de tous les jours - Erel ; la terre des rêves – Kiméria et l’étendue des idées - Numer. Les Voyageurs parcourent ces trois espaces comme vous et moi nous traversons Paris.

Non, il ne s’agit pas d’un conte. Je ne répands pas de contes. Jamais. Je relate les exploits. Et si vous ne me croyez pas, scrutez les légendes et les récits de tous les pays, vous y trouverez des allusions aux Trois Espaces et aux Voyageurs. Car, je vous le dis, chaque culture qui a existé sur terre a inventé son Art du Voyage.

L’Occident, par exemple, a développé le Jeu des Perles de Verre, du nom de ces anciens tissages de perles où étaient cryptées les coordonnées des passages entre les trois espaces, les vortex. Ces coordonnées sont très précieuses pour ceux qui veulent se télétransporter d’un monde à l’autre. Mais tous les Voyageurs n’ont pas besoin des vortex pour se déplacer : certains possèdent le don inné du Voyage.

On les appelle les Nomades. Ils arpentent les Trois Espaces au gré de leur volonté. Ou presque. Ils doivent d’abord suivre un entraînement. Long, très long, trop long peut-être. Mais à défaut de suivre cet entraînement, le don devient malédiction et le Nomade subit des départs inopinés qui bouleversent sa vie.

Maintenant je vais vous poser une question : que se passe-t-il — selon vous — quand certains Voyageurs ont besoin de vortex et d’autres pas ?


Type de document : chants des griots

Auteur fictif : Le Troubadour

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Site

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

> changer les liens

tu confrontes

Tu confrontes la rue seule pour la première fois. Tu marches et tu cherches des trésors. Tu veux récolter tout ce qui a été perdu et qui a de la valeur pour quelqu’un quelque part. Un numéro de téléphone sur papier de cigarette. Une photo de vieille grand-mère sur un vélo blanc. Un bouton rose avec perle nacrée, celui qui manquera au gilet de fête et qu’on ne pourra pas remplacer. Un ticket de métro non oblitéré mais tout froissé. Une pièce de cinq centimes, celle de la chance. Une pierre plate en forme de triangle isocèle sur trois strates, une rose une grise une rose, pierre de la malchance, tu le sais, tu le vois. Mieux vaut que tu la prennes toi plutôt que quelqu’un d’autre parce que, toi, la malchance ne t’atteint pas, tu n’es pas soumise au sort. Un rire trop aigu. Trois yakafocon à la suite les uns des autres, c’était sur la terrasse d’un restaurant. Cinq regards amoureux et un regard en coin vers la femme qui passe en jupe fendue jusqu’au cucul. Un brin de jasmin. Une idée géniale pour dépolluer uniquement les couches basses de l’atmosphère, de la même manière qu’on ne traite que les eaux nécessaires à la consommation, grâce à une espèce de grand cube qui serait installé sur les lieux de trafic intense comme la place de la concorde, c’était l’idée d’un homme à cravate sur le pont des arts, en face du grand bâtiment avec un dôme dont tu as oublié le nom parce que tout le monde s’en souvient. Trois lumières de réverbères éteintes pour cacher les baisers de couples défendus. Un féchier d’une dame blonde et énervée à un grand maigre désinvolte. La bague aussi qu’elle lui a lancée et qu’il n’a pas reprise. Une vis de trois centimètres qui tenait la passerelle d’un bateau. Et puis tu t’endors sur le quai. Même pas sur un banc. Près d’un bollard. En serrant très fort la corde. Tu portes un pyjama avec des nounours roses et bleus et tu n’as pas tes pantoufles. Tes boucles retombent sur tes joues et couvrent tes yeux. Tu es tellement fatiguée que tu dors la bouche ouverte.

C’est la première fois, tu as sept ans.


Type de document : chants des griots

Auteur fictif : Griot Atuéatwa

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.

.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.