année après année

< lui >

année après année
< exhalait > de moins en moins de traces dans la ville
année après année
< amputait > leurs retrouvailles

< avait été > le maître de cet ailleurs
< en devenait > un voyageur
un visiteur
un absent

[par lui]

<< avait appris >>
les cartes de ces terres
sans temps ni froid ni faim

<< elle >>

<< avait été >> l’étrangère
<< en devenait >> la gardienne
la solitaire
la guetteuse

[pour lui]

<< sortait >> de ses refuges
<< vagababondait >>

en promenade chaque soir
<< se montrait >>
<< questionnait >>

Soliloques estropiés
Sur les observatoires du ciel ou des enfers
Sur les pavés
Dans les souterrains ramifiés

<< revenait >> avec la nuit
parfois
avec le jour
quand
une élude - un rapprochement
rarement

Oui dehors
Eux - leurs yeux - leurs oreilles
Esquivaient - résorbaient
Ses stases - ses stances

oui ainsi - oui soudain
elle vit – elle sut
* le monde existait
* << n’était>> pas comme eux << elle >>
* < avait migré > < lui >
estivage ? non. Conversion

La souffrance fut comme du sang noir
qui monte sans fatigue dans les veines.

Une lèpre du cœur.

Ultime retour au Réel.


Type de document : vers

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Référence : Marguerite Duras. India song.

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

> changer les liens

domestiquer le vent

Qui peut se prévaloir d’avoir jamais apprivoisé le vent ?

Les hélices taillées dans les feuilles de platane de notre enfance, les ailes des moulins, la voilure de nos vaisseaux peuvent tout au plus prétendre l’avoir retenu un seul instant fugace. Et gare à celles qui se risqueraient à l’emprisonner trop longtemps !

D’une feinte colère et d’un coup de reins sans appel, il aura tôt fait de culbuter qui s’oppose à la détermination brouillonne de son bélier têtu.

Ne vous hasardez jamais à lui résister et gardez-vous de ses emportements.
Mais si, comme je le devine, son impétuosité vous attire et agace vos sens, usez de stratagèmes.

A Lamporecchio, le corps de bâtiment principal est orienté plein sud. Mais le surplomb rocheux dont on a voulu se tenir au plus près impose au jardin un arc de cercle qui le force sur sa gauche de telle sorte qu’il regarde davantage vers le levant, droit sur le clocher de Vinci.

Je me plais à l’entretenir dans un état de liberté qui valorise chacun de ces spécimens rapportés avec mille précautions des antipodes ou plus simplement des collines voisines. Mais j’aime aussi laisser des plantes commensales organiser leur vie, harmoniser leurs rapports, les inverser parfois... De cela, je vous parlerai prochainement.

Aujourd'hui, c’est du vent que je vous entretiendrai, contraint par la pluie qui bat mes volets à la cadence effrénée du heurtoir de ma porte, de déserter mes allées.

Mes girouettes les plus ingénieuses n’ont jamais conservé d’autre trace de son passage que la marque luisante d’une usure inégale de leur hampe suivant sa direction dominante.

Au fil du temps, cependant, j’y suis parvenu.

J’ai disposé trois larges vasques de terre cuite d'Imprunetta remplies de terreau généreusement sarclé. La première, à l’extrémité du mur au couchant, la seconde, contre le mur qui regarde au levant, la troisième, abritée derrière la margelle du puits.

Toute l’année exposées aux rafales, je recueille au printemps les fruits de leurs amours tumultueuses avec les vents.

Et là où d’ordinaire on ne voit que caprices, bousculades confuses, on mesure combien, souvent, la constance a présidé à ces rencontres.

Dans la première, je reconnais l’empreinte du vent de la mer qui a charrié avec lui les joncs et les tamaris du Padule di Fucecchio. Il me raconte l’âpreté de la Maremma. La deuxième, bien qu’au levant, ne porte que la signature du vent du nord qui dévale les pentes du Monte Albano et décoiffe San Baronto. Les cistes cotonneux y dominent, austères sous leur bure grise et leurs pétales froissés.

De toutes, seule la troisième ne peut dissimuler une existence heurtée : à l’abri derrière la margelle du grand puits mais au soleil du lever jusqu’au coucher, nous la croyions à la seule portée des euphorbes et des joubarbes qui s’insinuent entre les pierres qui l’abritent. Que nenni ! C’est en pleine lumière mais à l’insu de tous qu’elle a accueilli les semences des vents de passage venus tourbillonner rageusement autour du puits. Ivre de parfums exotiques, de chuintements et de cris elle a cédé à chacun.

Oublieux, ils ont laissé derrière eux une cacophonie indéchiffrable en guise d’histoire. Que des années de patientes germinations et de soins attentifs finiront cependant par métamorphoser en un jardin enfin apaisé.

C’est ainsi, voyez-vous, que j’ai débusqué, traqué, dispersé les vents tourmenteurs.

Je vous souhaite une nuit réparatrice.

La penso teneramente.

Au Capitaine L


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Dottore Pi

Auteur réel : anonyme

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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