trop de peine

Les grandes personnes aiment les chiffres.

Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais: "Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu'il préfère ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ?"

Elles vous demandent: "Quel âge a-t-il? Combien a-t-il de frères? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ?"

Alors seulement elles croient le connaître.

Si vous dîtes aux grandes personnes : "J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit...", elles ne parviennent pas à s'imaginer cette maison. Il faut leur dire: "J'ai vu une maison de cent mille francs". Alors elles s'écrient : "Comme c'est joli !"

Comprenez-moi bien : je ne dis pas qu'elles ont tort ou raison les grandes personnes.
Qu'est-ce que ça veut dire d'abord avoir tort ou raison ? Moi je sais pas.

Non. Si je vous raconte tout ça c'est parce qu'il faut bien dire pourquoi Loula elle arrivait pas à parler dans le monde des grandes personnes. Il faut bien le dire. Sinon on a trop de peine et on comprend pas comment c'était joli le silence de Loula. Comment c'était important.

remix St Exupéry


Type de document : chants des petits griots

Auteur fictif : Miss Tigri

Auteur réel : Antoine de Saint-Exupéry

Provenance du texte : Liste de l'éducation nationale

Référence : Le Petit Prince

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

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le marin de Gibraltar

"Pour une fois", me suis-je dit, "pour une fois, tu devrais trouver dans cette rencontre de l'abîme, dans cette presque abysse, dans ce libre faux prétexte au voyage et à l'amour, des motivations qui te ressemblent." Et j'ai guetté vaillamment chaque sursaut de phrase et de paragraphe. Mais non. Toujours rien en vue. Pas de terre de connivence entre les passagers du 36 mètres et moi : même dans la quête du Marin de Gibraltar, je ne me reconnais pas. Ah! Mme Duras … pourquoi tant de distance entre vos perspectives et les miennes ? Je vous aime tellement, pourtant."

A Marguerite Duras


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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