neruda élémentaire

J’ai grandi dans la ville. Je n’aimais pas la campagne. Je craignais son ennui, son silence. Comme si les arbres allaient m’éloigner des bibliothèques et de la vie.

Mais j’ai entendu tes vocables issus de la terre, Neruda élémentaire. Etrange mélange volcanique de pluie, d’océan, de désert et de glace et j’ai pleuré. J’ai commencé à languir de ces montagnes lointaines qui ne m’appartenaient pas. Je me suis réapproprié la langue de mes ancêtres andalous qui n’avaient pas eu le droit de naviguer.

Tu m’as appris que les mots silice, limon, mélèze, caïman, nitrate, anaconda, toucan, fer, tronc, souche, maïs, cuivre, soufre, céréales , jungle, feldspath, insectes étaient des poèmes et que les adjectifs équinoxial, forestier, minéral, métallique, souterrain, germinal, caudal, pédiculé étaient des intonations.

J’ai parcouru alors, de mes pieds nus, les sentiers andins, les versants ensablés, les lagunes vertes et les plaines fangeuses pour arriver sans détour là où le verbe jaillit et meurt.

A Pablo Neruda


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

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je rêvai

J'étais restée assise dans l'attitude même où ma sœur m'avait laissée. La tête appuyée sur une main, j'observais le soleil couchant en pensant à Loula et à toutes ses merveilleuses aventures, si bien que moi aussi, je me mis à rêver à sa manière et voici ce que cela donna :

D'abord, je rêvai de Loula elle même ; de nouveau mes petites mains étaient jointes sur mes genoux et mes yeux brillants et vifs regardaient dans les siens ; je pouvais entendre les intonations mêmes de sa voix, et voir ce drôle de petit mouvement de tête qu'elle avait pour rejeter en arrière les mèches de cheveux qui s'obstinaient à vouloir lui retomber sur les yeux ; et tandis que j'écoutais, ou croyais écouter, les étranges créatures nées du rêve de ma grande sœur animèrent tout à coup le lieu où je me trouvais.

L'herbe haute de la prairie que le Lapin Blanc froissait dans sa course, se mit à froufrouter à mes pieds ; la Souris, effrayée, traversa à la nage la mare voisine en soulevant sur son passage une gerbe d'eau ; je pus entendre le tintamarre produit par les tasses de thé devant lesquelles le Lièvre de Mars et ses amis partageaient leur interminable repas, et la voix aiguë de la Reine ordonnant l'exécution de ses malheureux hôtes ; de nouveau, le Bébé-Cochon éternua sur les genoux de la Duchesse, tandis que les assiettes et les plats s'écrasaient autour de lui; de nouveau, le cri du Griffon, le grincement du crayon d'ardoise du lézard, et le bruit résultant de la suffocation des Cochons d'Inde que l'on étouffait, retentirent dans les airs, mêlés aux lointains sanglots de l'infortunée Tortue "fantaisie".

Je restais assise, les yeux fermés, et je croyais presque aux pays des merveilles, bien que je savais que je n'avais qu'à les rouvrir pour que tout me ramenât à la terne réalité. L'herbe ne froufrouterait plus qu'au seul souffle du vent, l'étang ne se riderait plus que sous la gifle des roseaux ployés ; le tintement des clochettes suspendues au cou des moutons remplacerait le tintamarre des tasses, et l'appel du berger les cris aigus de la Reine, tandis qu'à l'éternuement du Bébé, au cri du griffon et aux autres bizarres bruits du pays du rêve, se substituerait, je le savais, la confuse rumeur de la basse-cour, et que le meuglement des bœufs dans le lointain remplacerait les longs sanglots de la Tortue "fantaisie".

Finalement, j'imaginai ma grande sœur devenue, dans l'avenir, une vraie femme ayant conservé, à travers les années de son âge adulte, le cœur simple et aimant qu'elle avait, étant enfant; je la vis entourée d'autres petits enfants dont elle ferait briller les yeux en leur racontant d'étranges histoires, y compris, peut-être, ce vieux rêve du pays des merveilles, et dont elle partageait les petits chagrins et les naïves joies, en se souvenant de sa propre enfance et des heureuses journées d'été.

Remix Carroll


Type de document : carnets personnels

Auteur fictif : Fanfan

Auteur réel : Lewis Carol

Provenance du texte : Liste de l'éducation nationale

Référence : Les aventure d'Alice au pays des merveilles

Commentaires : aucun

Textes satellites : 1

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