Vous souvenez-vous du feuilleton "Ma sorcière bien-aimée" ?
La voisine de Samantha-la-sorcière-au-nez-qui-se-trémousse surprend toujours des événements invraisemblables mais quand elle appelle son mari, c’est trop tard : il ne voit rien et il la prend pour une folle.
Et bien, pour moi, c’est la même chose : je n’arrive pas à voir mon voisin (un véritable vis-à-vis : comme moi, il n’a pas de rideaux, il vit au premier étage et il a la trentaine).
Tout le monde - ma fille, ma clique, ma famille - tout le monde le voit mais pas moi.
Dès qu’on m’appelle, il a tourné le dos ou a quitté la pièce !
Pourtant, je vous assure, j’essaie vraiment, j’essaie dur : je m’assieds à table devant la fenêtre, je monte le gué, je passe en coup de vent pour tromper le sort, mais rien à faire !
En revanche, j’ai pu examiner en détail ses amis qui minaudent et qui pavoisent, homme au torse nu, femme à chignon, jeunes à pétards ...
Est-il gay, est-il straight ou est-il bi ?
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Comme le Romancero, le Récit Variable est traversé de mille thèmes, propose — dans un étrange effet kaléidoscopique — différentes versions d’un même incident, s’offre à chacun telle une matière première à triturer et à s’approprier.
Et surtout, comme le Romancero, le Récit Variable fragmente la narration en épisodes, refuse de dérouler une intrigue, réside en suspens dans la hauteur de l’évènement pris sur le moment et non dans sa continuité.
Cette esthétique du sommet et du fragment — ou plutôt du segment — est fondamentale dans le récit variable. Le récit variable ne raconte rien. Il sème des moments anodins qui s’insèrent dans des intrigues, lesquelles ne sont jamais complètement relatées. A force de déambulations et d’imagination, le lecteur peut, à la rigueur, les retracer. Mais est-ce bien nécessaire ? L’intrigue n’est-elle pas que le prétexte à la lecture ?
Type de document : DJ's classes : récits variables
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun