tintinnabule

Loula : Capitaine.

Capitaine : comment m'as-tu trouvée ?

Loula : je ne t'ai pas trouvée, je suis là où j'étais.

Capitaine : à l'épicentre.

Loula : oui.

Capitaine : au point d'éruption, à l'impact.

Loula : tu l'avais enfoui si loin pourtant.

Capitaine : si bien.

Loula : il n'était plus qu'un mythe, une légende, une chimère.

Capitaine : n'est-ce pas.

Loula : il tintinnabulait entre les voyelles de ces vocables magiques...

Capitaine : Chiloe, Llovizna, Neruda, Santiago, Tveria, Ir Chalom, peut-être.

Loula : il n'existait plus.

Capitaine : était parmi mes disparus.

Loula : a ressuscité.

Capitaine : non.

Loula : non ?

Capitaine : il est image. Pixels sur un écran.

Loula : mot.

Capitaine : emails denses, innatendus.

Loula : et la joie ?

Capitaine : il n'y a pas de joie, il y a l'illusion.

Loula : la technologie.

Capitaine : une prothèse, un écart, une distance.

Loula : patience.

Capitaine : le plus terrible c'est que je ne le connais pas.

Loula : plus.

Capitaine : comme si je ne l'avais jamais connu.

Loula : il existe pourtant.

Capitaine : mais lui, celui qui existe là où je ne le rêve pas, qui est-il ?


Type de document : minutes des mémoires absolues

Auteur fictif : Les Greffiers

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

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un Enchanteur

Tu me demande où j'étais... Tu t'étonnes... Oserai-je te le confier...

J'ai plongé tête la première, comme une novice...

J'ai oublié toutes les règles de prudence, toutes mes expériences, tous mes principes.

...

J'ai rencontré un Enchanteur, un Hollandais Volant peut-être, un Mage. Et je l'ai suivi. Sans hésitation. Sans m'inquiéter, du Temps, du Vrai, du Juste, des illusions, de rien. Sans aucune question, sans aucune vision. Je l'ai suivi, c'est tout. Mon Sens.

...

Nous avons dansé, glissé, volé la Piste du Tango, de Piazza San Marco aux plages d'Argentine,
Nous nous sommes échoués sur la Baie des Anges, enlacés,
Il m'a bâti un château de glace sur les flancs de l'Himalaya, il y faisait doux, il y faisait chaud,
Il a réinventé Syracuse, ses pierres, ses airs, mille orchestres,
Il a fermé des volets verts et nous nous sommes réveillés à Shanghai, Shanghai !, enivrés comme par l'opium,
Il a invité la pluie, son odeur, sa terre, elle nous a captivés, elle nous a embrassés, elle nous a emportés et ce fut la forêt. Noire. Propice. Envoûtante. Excentrique,
Il a serti mes jours de musique — baroque, latine, kitsch—, de sa musique aussi ...

Je n'ai pas hésité, j'étais émerveillée ... je me laissais guider comme si je n'avais jamais voyagé... je n'ai rien demandé non plus... rien sauf le Tango.


à Arte Miss


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : CL

Référence : "Orchidea" de J.B.

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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