quand je me réveille

Le matin, quand je me réveille, depuis que j'ai seize ans, je plonge trois fois de suite mon visage dans de l'eau très froide, recueillie dans les paumes de mes mains jointes [coupelle - grâal].

Et par ces trois immersions, je rejoins toutes les eaux de mes voyages terrestres : la lagune verte du sud chilien (région 10), la mer de Galilée, la cascatelle de la Vallée de la Longévité, les chutes claires de Californie, la douche au milieu des papyrus du bush australien au nord de la New South Wales, près de Byron Bay, là où j'ai été initiée au Jeu des Perles de Verre par la Terre elle-même. Gondwanaland. Terre des Rêves.

J'éprouve une reconnaissance intarissable pour ce continuum élémentaire qui confond toutes les eaux du monde en cet instant et qui scande le débit d'un nouveau round spatio-temporel : ma journée. L'unique. Celle où j'existe dans un corps, une histoire, un croisement. Aujourd'hui.


Type de document : carnets personnels

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : 1

Textes satellites : aucun

sortants

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un Enchanteur

Tu me demande où j'étais... Tu t'étonnes... Oserai-je te le confier...

J'ai plongé tête la première, comme une novice...

J'ai oublié toutes les règles de prudence, toutes mes expériences, tous mes principes.

...

J'ai rencontré un Enchanteur, un Hollandais Volant peut-être, un Mage. Et je l'ai suivi. Sans hésitation. Sans m'inquiéter, du Temps, du Vrai, du Juste, des illusions, de rien. Sans aucune question, sans aucune vision. Je l'ai suivi, c'est tout. Mon Sens.

...

Nous avons dansé, glissé, volé la Piste du Tango, de Piazza San Marco aux plages d'Argentine,
Nous nous sommes échoués sur la Baie des Anges, enlacés,
Il m'a bâti un château de glace sur les flancs de l'Himalaya, il y faisait doux, il y faisait chaud,
Il a réinventé Syracuse, ses pierres, ses airs, mille orchestres,
Il a fermé des volets verts et nous nous sommes réveillés à Shanghai, Shanghai !, enivrés comme par l'opium,
Il a invité la pluie, son odeur, sa terre, elle nous a captivés, elle nous a embrassés, elle nous a emportés et ce fut la forêt. Noire. Propice. Envoûtante. Excentrique,
Il a serti mes jours de musique — baroque, latine, kitsch—, de sa musique aussi ...

Je n'ai pas hésité, j'étais émerveillée ... je me laissais guider comme si je n'avais jamais voyagé... je n'ai rien demandé non plus... rien sauf le Tango.


à Arte Miss


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : CL

Référence : "Orchidea" de J.B.

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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