J'écoute Ravel, le concerto pour piano et orchestre, et je pense à toi.
J'écoute Debussy, clair de lune, et je pense à toi.
J'écoute Fauré, après un rêve, Sati, encore, Kodaly, sonate pour violoncelle seul, et je pense à toi.
Mais je n'écoute pas Bach.
Et je n'écoute pas Rachmaninov.
Je ne peux pas.
Le souvenir ne doit pas être trop imbriqué dans la chair.
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
- Je crois qu'écrire est mon unique souvenir. Mais toi, Loula, même perdue dans cet espace si froid, d'avant ou d'après le monde, dans cet espace de formes et de modèles, tu te souviens. Les chantres ne peuvent pas oublier. Ils ont de la mémoire.
- Non. Ils sont la mémoire. Comme la vie est le corps ou l'esprit ou le vent ou les grains de sucre éparpillés autour d'une tasse de café, traces du mouvement de la main, de la souche, de la parole qui saigne au-dessus d'un papier à cigarette sur lequel quelques mots d'adieu ont été écrits. Et si je suis la mémoire, Capitaine, comment pourrais-je l'avoir ? Je suis en mémoire comme d'autres sont en vie. Comme tu es en oubli.
Type de document : minutes des mémoires absolues
Auteur fictif : Les Greffiers
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun