Et si j’les zem, les Halles, j’y peux rien. J’aime leurs gueules, j’aime leurs bandes, j’aime leurs locks de rastas, j’aime cette faune à laquelle j’appartiens pas, j’aurais beau essayer, c’est comme ça. C’est comme les blacks, elles sont trop belles avec leur boum qui bounce et leur bouche qui dance tandis que moi j’reste plate. Bonne pour le musée d’histoire naturelle com’dit ma fille.
Ouais, j’voudrais toujours m’y promener, m’en fous des odeurs qui puent derrière les chevaux de bois et des types qui t’branchent avec leurs sondages, leur drogue, leur couteau ou leur stupre. J’donnerais ma vertu pour m’éclabousser à la fontaine des Innocents ou à la cascade Saint Eustache
[ là où une main sans bras tient une tête sans cou ].
D’ailleurs je l’ai déjà donnée.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
De moi, je ne connais que ma main. Droite. Qui tient la plume.
Et la gauche. Qui porte la pomme - jaune, orange ou rouge mais jamais verte - à ma bouche.
J'éprouve également une réelle familiarité pour le bout de mon nez qui occupe toujours une fraction de ma vision.
J'aperçois mes jambes, évidemment. Mais sous un angle peu significatif.
Quant à mes pieds, j'ai tendance à les oublier. Toutefois, je les identifie clairement.
En revanche, je ne sais rien de ma silhouette.
Si. Peut-être. Quand j'observe mes habits suspendus.
Comme un phénomène de déjà-vu...
Mais toi, Loula, je te vois. Tu ne me ressembles pas.
Type de document : minutes des mémoires absolues
Auteur fictif : Les Greffiers
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun