A l'Ojem Café des Halles, c'est la foule des grands soirs. Les serveurs ont du mal à se frayer un chemin entre les tables minuscules où s'agglutinent au coude à coude des travailleurs hagards qui n'ont pas le courage de rentrer chez eux, avant d'effectuer les heures supplémentaires nocturnes obligatoires qu'ils doivent à leur patron.
Les verres de bière jettent quelques éclats ambrés sur leurs visages. C'est la pénombre dans la brasserie. A part quelques candélabres parcimonieux.
Je commande une salade de tomates fantaisie. Et une tranche de vache normandopéruvienne accompagnée de soja amérindien. J'ai lu, dans le dernier numéro électronique de la revue « Sublimations gustatives », que le soja de cette région du monde provenait des meilleurs hybrides. Et s'il y a tant de monde ici, ce n'est pas sans raison ! On y trouve les meilleurs ingrédients et les meilleurs assembleurs culinaires. Et pour un prix dérisoire.
Sur ma tranche de pain reconstitué, les tomates à la peau bleutée palpitent faiblement. La viande me semble divine. Avant de me jeter sur ces portions déjà prédécoupées, je n'oublie pas de prendre la comprimé digestofacilitateur aimablement fourni par le restaurant. On ne sait jamais !
Plus que deux minutes : je dois faire vite, je sens déjà dans mon cou le souffle court et chaud du prochain client pour la table N°124 654.
Type de document : chroniques de Kiméria
Auteur fictif : Cassiopée des Halles
Auteur réel : katecol
Provenance du texte : Cité des Sciences
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
On pourrait imaginer qu’ils se sont parlés, qu’ils ont joué, qu’ils ont ri. On pourrait croire que tout de suite ils ont eu envie de se prendre par la main et d’oser un baiser doux et gentil. On pourrait penser qu’ils se sont dit leur nom. Que Loula, Ludivine, Coquine a montré sa collection d’objets égarés et que P’tit Gars a révélé son album de clichés rétiniens.
Mais d’habitude, quand on imagine, on croit et on pense, on se trompe. On ferait mieux d’attendre d’être informé. Et encore ! Par des sources multiples, autonomes et fiables.
Alors ! ? S’est-on seulement renseigné sur la crédibilité et le sérieux de ce chantre qui a la prétention de rapporter une histoire ? Qui est-il en réalité ? Que sait-on exactement de lui ?
Il prétend être une femme mais ! Ce ne sont pas quelques petits accords au féminin qui suffisent à constituer une preuve et à bâtir une certitude ! Surtout pas en matière de fiction !
Rien ne certifie, qu’en fait, il ne s’agisse pas d’un "drague couines" littéraire, d’un travesti des papiers, d’un fraudeur de genre. Bien au contraire ! Le substantif "chantre" appartenant à la catégorie des noms communs masculins, ceux qui l’endossent deviennent raisonnablement, logiquement et forcément des hommes.
[décret n°4732 alinéa 52 du code civil des "on dit" de la 5ème république littéraire bananière].
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griot Farceur
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun