quand tu t’es dissoute

Capitaine L
Quand tu t’es dissoute, où es-tu allée ?

Loula
Dans le pays où toutes les phrases prononcées finissent leurs jours. Gelées.

Capitaine L
Je connais ce pays.

Loula
Je cherchais les mots d’amour de P’tit Gars. Ne les ai pas trouvés.

Capitaine L
Tout ne se dit pas.

Loula
Les miens en revanche, ils étaient là. Ils pendaient comme des stalactites. Des larmes effilées.

voix II
Silence

Loula
Et puis j’ai cherché les autres paroles, celles qu’il lui disait à elle. La diaphane.

Capitaine L
Bien sûr ...

Loula
Elles montaient. Réelles et fortes. Stalagmites. Je les ai caressées, effleurées. J’aurais pu si facilement les briser. "Ne les brise pas" je me disais comme un vent glacé, "ne les brise pas"

Capitaine L
Je croyais que tu ne savais pas lire ...

Loula
Une sentence de glace ne se lit pas. Elle n’est pas figée. Elle est en attente, elle est nue.

Capitaine L
Comme toi.

Loula
Serais-je moi aussi une phrase, une simple et pauvre petite phrase, prononcée et gelée ?

voix I
Silence

Capitaine L.
M’as-tu vue, moi, dans ces terres si froides ?

Loula
Sculpteure de l’écrit. Oui. Statue.


Type de document : minutes des mémoires absolues

Auteur fictif : Les Greffiers

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

> changer les liens

se faire à cette vie

Loula eut envie de revenir chez ses parents ; mais en se rappelant le lit aux barreaux de fer, la lanière qu'on nouait la nuit à sa cheville pour éviter qu'elle ne s'enfuie, le portail toujours fermé, si haut, si lourd, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie-là et qu'il valait mieux rester ici. Dans cette Cour des Miracles qui rassemblait des peaux de chamois et des étoffes d'Orient, des jambes de bois et des carrosses d'argent, des longues vues et des attachés-cases, des échasses et des pantoufles de vair, des poudres d'aurore et des reliques amères. Dans ce Paris où il ne venait plus que très rarement. Dans la ville de son oubli. Lui, le sien. Son oubli d'elle, son refus d'eux. Son abandon, sa désertion.


Type de document : chants des griots

Auteur fictif : Griotte

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Référence : La chèvre de Monsieur Seguin, Alphonse Daudet

Commentaires : 1

Textes satellites : aucun

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