Je prends mon pancho en laine brute - acheté à Chilœ, un jour de Llovizna, entre deux enlacements - il porte encore toujours à jamais l'odeur de la pluie fine et diluvienne, l'image du port où je me suis abritée, la sensation [première fois] de mon ventre qui explose sous la force du désir, le froid des barreaux du petit lit dans la chambre [nue] et le froid des carreaux de la douche commune de cette pension du bord de mer gardée par une veuve [joyeuse], la fumée du restaurant avec cette boule de discothèque où, à l'arrière-salle, je t'ai appelé pour qu'encore une fois tu me dises [pour rien] que tu m'aimes.
Et depuis quoi ? Deux semaines ? Je l'ai sorti de ma mémoire [le pancho] et je l'ai déposé sur mon lit [un futon à terre dont j'ai cassé l'armature de bois noir au marteau pour évacuer la colère conjugale résiduelle] sur le plaid jaune acquis en ces temps facheux d'un mariage faustien.
[total remix]
[déco rococo]
[superposition]
[cadavre exquis]
de ma mémoire !
de ma mémoire !
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Parmi tous, assise, invisible et anodine.
J'écris.
L'organisation des flux est parfaite. Pas un heurt.
Les bicyclettes croisent les rollers, suivent les piétons. Sans interruption.
Et je regarde, fascinée, toutes ces attentes, ces solitudes, ces habitudes.
Les tables sont pleines. Terrasse de café.
Eglise St Eustache.
Un cornet de glace passe d'une main à l'autre.
De la mère à la fille. La mère soixante ans, la fille quarante. Rituel rodé.
La cuillère trop longue dans mon verre de soda light égratigne ma joue. J'oublie toujours de l'enlever.
Lemon - glaçons.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun