entre 2 fugues

- entre deux fugues
-> < sujet > = son père ; sa mère
< sujet > la regarde [des nuits] [des jours]. La regarde et retient ses larmes. L’embrasse [des nuits] [des jours]. Et retient. La serre tout simplement. La retient.

-> Loula ne parle pas. Versifie l’entour [la cuillère], [le cintre], [la chaussure], [le caddy], [la barrette], [le batteur électrique], [la bulle de savon] , [le lave-vaisselle], [la moquette], [la station essence] , [le supermarché]. contes [urbains] [anodins] [singuliers]

- entre deux fugues [ temps ]
Loula [11 ans] [12 ans] [13 ans] [14 ans] [15 ans]

- les choix
[la garder à Paris] [l’enfermer dans sa chambre] [l’attacher à son lit] [l’envoyer dans un centre spécialisé en province] [croire que chaque fugue est la dernière]

- les questions simples et composées / les ordres
[Où vas-tu quand tu t’en vas ?] [De quoi vis-tu ?] [Es-tu seule ou rejoins-tu quelqu’un ?] [Pourquoi partir, tu n’es pas bien ici ?] [Pourquoi ne t’avons-nous jamais retrouvé ?] [Raconte-nous quelque chose, même en rime, d’accord ?] [As-tu pris de la drogue ?] [Est-ce que quelqu'un t’a touché ?] [Réponds-nous] [Tu ne nous aime pas ? C’est pour ça que tu pars ?]

- les réponses
[en sourire parfois] [en colère aussi] [avec exaspération] ailleurs, je vais ailleurs [là où seuls les mots alimentent et abreuvent] [là où je ne suis jamais seule car le langage m’habite] [je ne connais pas d’ici, point fixe] [ici est un mouvement] [un pas qui m’emporte et me glisse dans le chant général] [où vous ne me trouverez pas] [ma résidence n’est plus sur la terre] [oui, quand je pars, je vaguedivague] [en odes élémentaires] [avec pour seule stimulation le son et l’air] [avec pour seul viol mon retour] [être près de ceux qui nous aime calcine] [l’épée incandescente garde si bien le paradis]

- la dernière fugue
< sujet > surprend Loula et dit simplement : "Ludivine"
< sujet > = son père ; sa mère

Loula : "j’y vais."
< sujet > ne l’arrête pas. Comment arrêter ? Pourquoi ? N’abdique pas. Lâche prise. Se détache.
< sujet > = son père ; sa mère

- la huitième et dernière fugue [temps]
[Loula 16 ans]


Type de document : vers

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

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à l'instant même

Le 15 juillet 1976

Le lendemain du 14 juillet, jour de la fête nationale française, célébration de la prise de la Bastille, anniversaire de sa maman et aussi du mariage de ses parents :

Ludivine Coquine est sortie des Halles par la rue Montorgueil :

* elle ne voulait plus attraper le chien errant,
* elle n’avait plus assez de force pour rire,
* elle était beaucoup tombée, avait beaucoup rampé, son pyjama était tout déchiré, ses genoux étaient noirs et écorchés.

P’tit Gars l’a suivie mais quand elle a dit ‘j’ai envie de manger des fraises’, il a répondu ‘pas moi’ et il est parti.

Tout de suite :
* elle n’a pas eu de peine,
* elle n’a pas pensé "il aurait pu me dire au revoir",
* elle n’a pas réalisé qu’elle ne savait pas où le retrouver.

Mais c’était parce qu’elle regardait :

* les barquettes de fraises rouges et les brioches aux raisins,
* les fromages, surtout ceux à la chèvre, les frais ,
* les pains blancs et les pains de seigle.

Comme elle avait de plus en plus faim, elle s’est approché d’un stand, celui des fraises, et elle a voulu en prendre une. Le marchand s’est énervé très fort et elle a vu :

Tout de suite :

* qu’elle avait les mains sales
* qu’elle était pieds nus
* qu’elle portait seulement un pyjama déchiré.

Et elle a compris :

Tout de suite :

* qu’elle n’avait pas d’argent et qu’il fallait payer.

Et elle s’est souvenue :

Tout de suite :

* de son papa/maman
* de fanfan
* de tortue.

Mais, par contre :

A l’instant même :
Elle a oublié que P’tit Gars n’était pas là. Parce que :

* elle n’avait pas vraiment fait attention,
* elle n’imaginait pas qu’il la laisserait en plan.

Alors, elle s’est retournée :

* pour le chercher
* pour voir s’il était dans un état aussi affreux que le sien
* pour se moquer.

Elle a virevolté sur un pied comme elle aimait faire, elle a tout vu tourner- tournicoter-tournicoton-bal-et-cotillons.

Mais P’tit Gars n’était plus là ! Et ce fut à ce moment précis-là :

Qu’elle a commencé à avoir très peur et à pleurer.

Pas avant. Pas après.

A ce moment précis-là :
Voilà.


Type de document : chants des petits griots

Auteur fictif : Anonyme

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

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