Le Jeu n'est pas un jeu

Le Jeu des Perles de Verre n'est pas un jeu. Ce n'est pas un art non plus. Ni même un voyage.

Le Jeu est l'accomplissement de notre identité. La découverte des potentiels de notre perception, de notre conscience, de notre attention. Il met en œuvre des organes internes et subtils. Des vortex naturels qui agissent au-delà du physique, au-delà du métrique.

Mais attention : le Jeu n'est pas non plus une spiritualité. Il n'y a pas de "secret", de "vérité" ni de "divin" dans les six faces des 3 Espaces. Et le Père de tous les récits n'est pas Dieu.

Le Jeu est simplement un exercice cognitif qui nous fait basculer entièrement - et pas seulement mentalement - dans d'autres niveaux de réalité. Les vortex internes sont aussi naturels que les yeux ou les jambes. Tout le monde les possède. Tout le monde est capable de les activer. Ils ne font pas de nous des princes ni des élus.

Voyager ne nous rend pas meilleurs.

Voyager est une responsabilité. Envers nous-mêmes. Une responsabilité qui exige que nous ne perdions pas le souvenir de notre origine. Nous sommes des habitants d'Erel. Nous ne sommes pas des Kimériens ni des Numériens. Nous habitons dans un monde matériel où l'imaginaire et la raison nourrissent le réel.

Et si Kiméria et Numer sont des espaces tangibles, ils ne sont pas matériels pour autant. Ils sont tangibles car, lorsque nous les pénétrons, nous devenons aussi immatériels qu'eux. Nous entrons en harmonie avec leur densité.


Type de document : DJ's classes : l'art du voyage

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

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à l'instant même

Le 15 juillet 1976

Le lendemain du 14 juillet, jour de la fête nationale française, célébration de la prise de la Bastille, anniversaire de sa maman et aussi du mariage de ses parents :

Ludivine Coquine est sortie des Halles par la rue Montorgueil :

* elle ne voulait plus attraper le chien errant,
* elle n’avait plus assez de force pour rire,
* elle était beaucoup tombée, avait beaucoup rampé, son pyjama était tout déchiré, ses genoux étaient noirs et écorchés.

P’tit Gars l’a suivie mais quand elle a dit ‘j’ai envie de manger des fraises’, il a répondu ‘pas moi’ et il est parti.

Tout de suite :
* elle n’a pas eu de peine,
* elle n’a pas pensé "il aurait pu me dire au revoir",
* elle n’a pas réalisé qu’elle ne savait pas où le retrouver.

Mais c’était parce qu’elle regardait :

* les barquettes de fraises rouges et les brioches aux raisins,
* les fromages, surtout ceux à la chèvre, les frais ,
* les pains blancs et les pains de seigle.

Comme elle avait de plus en plus faim, elle s’est approché d’un stand, celui des fraises, et elle a voulu en prendre une. Le marchand s’est énervé très fort et elle a vu :

Tout de suite :

* qu’elle avait les mains sales
* qu’elle était pieds nus
* qu’elle portait seulement un pyjama déchiré.

Et elle a compris :

Tout de suite :

* qu’elle n’avait pas d’argent et qu’il fallait payer.

Et elle s’est souvenue :

Tout de suite :

* de son papa/maman
* de fanfan
* de tortue.

Mais, par contre :

A l’instant même :
Elle a oublié que P’tit Gars n’était pas là. Parce que :

* elle n’avait pas vraiment fait attention,
* elle n’imaginait pas qu’il la laisserait en plan.

Alors, elle s’est retournée :

* pour le chercher
* pour voir s’il était dans un état aussi affreux que le sien
* pour se moquer.

Elle a virevolté sur un pied comme elle aimait faire, elle a tout vu tourner- tournicoter-tournicoton-bal-et-cotillons.

Mais P’tit Gars n’était plus là ! Et ce fut à ce moment précis-là :

Qu’elle a commencé à avoir très peur et à pleurer.

Pas avant. Pas après.

A ce moment précis-là :
Voilà.


Type de document : chants des petits griots

Auteur fictif : Anonyme

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

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