les hommes de Hambourg

Ici il y a un nœud de mon destin.

La douane de Marseille. Deux hommes arrivés de Casablanca subrepticement échangent leurs valises. Une valise est remplie d'argent, l'autre de vêtements.

Un des deux hommes disparaît. Emportant la valise pleine d’argent.

L’autre homme, celui qui reste avec la valise pleine d’effets personnels, c’est mon père.

Toute sa vie, jusqu’à sa mort, il fut poursuivi, menacé, agressé, enlevé, escroqué, ruiné, par les commanditaires du trafic. Deux hommes.

Quelques années plus tard ces deux hommes quittèrent Casablanca pour un autre port. L’Allemagne. Hambourg. Les hommes de Hambourg.

Ils faisaient chanter mon père. S’il ne les payait pas, sa plus jeune enfant serait assassinée. Moi. Une de mes sœurs aussi. La cadette.

Pour commencer.

En fin de compte, ils ont tué mon père. Ils l'ont empoisonné.

Et si la deuxième valise n’avait jamais existé ?
S’il s’agissait d’une simple escroquerie ?
Si …

Si ce nœud de mon destin, en réalité, n’était qu’une mise en scène, une illusion, un mensonge.

Comme tous les nœuds.

Si dans un désir de vengeance, j'avais décidé d'être capitaine et de sauver le monde entier.

Au Dottore Pi


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

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face au palais

Je me suis installée en face du palais du fruit, maraîcher luxuriant qui reproduit à lui seul l’impression d’un marché. Mais ne vous y fiez pas : ce n’est ni moins cher ni meilleur. L’avantage c’est qu’on y trouve généralement ce qu’on veut. C’est déjà ça !

Soudain je réalise :
Que je suis dans le deuxième arrondissement
Que j’ai replongé dans l’écriture du Topos "odyssée"
Qu’il serait peut-être bon de prendre des notes pour une série [métro] ou [vie parisienne].

Mais il ne se passe rien de spécial et je suis d’humeur paresseuse. Je regarde devant moi. Je me perds dans la délicieuse sidération du débit de cette rue semi-piétonne : d’où sortent-ils tous ? Je n’en crois pas mes yeux. Dire que moi aussi j’en fais partie. Je ne dois pas me contenter de cette illusion d’exception (d’extraction) que m’apporte l’immobilité. Je suis une passante parmi les passants même si je suis assise à la terrasse d’un café en train d’attendre que la serveuse m’apporte ma commande.

Je n’aurais peut-être pas dû prendre un café : il est tard, je ne pourrai pas dormir cette nuit. C’est pas grave, de toutes les façons je ne compte pas dormir, je compte écrire. Alors c’est bien. Autant prendre un café.


Type de document : streetchroniques

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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