forêt australe

Ce jour-là, je voulais juste me promener mais on ne pénètre pas dans la forêt australe comme on le ferait dans nos bois paysagés.

On s'arrête.

On pense aux reptiles, aux arachnides, aux insectes et à leurs morsures létales.

Comment ne pas s'arrêter ? Je voulais m'assurer d'être accueillie et préservée.

Et la forêt m'a parlé. Elle m'a répondue. Elle m'a apaisée. Elle m'a guidée.

Je me sentais si démunie : je n'avais pas emporté mon armure d'encre et de papier, cet intermédiaire qui filtre mon vécu. Je ne pouvais pas figer l'expérience, l'arrêter, la vider de sa puissance, pour l'épingler, comme un papillon, dans le cadre de mes écrits. Je devais entendre dans ma peau, dans mes os, l'invitation de la Terre.

J'avais vingt ans.

Certains passent leur vingt ans dans la trépidation des boîtes à rythmes, d'autres cueillent des champignons bleus ou construisent quelques fondations bien solides, moi je suis simplement entrée dans cette forêt.

Je n'ai pas tout su du voyage. Pas immédiatement. Mais j'ai entrevu un possible.

Je dois te le dire : tu viens de là. De cette conversation originelle. De cette orée-là.

à sa fille


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : CL

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

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la pêche à la mouche

Rubrique "Paroles de Citoyens"

J'étais sur une rivière en Ardèche avec des amis. J'étais tout seul sur la rivière en train de pêcher. Avec un copain. C'était mon tour. Chacun son tour. Et tout à coup, en pleine journée, il était trois heures, un chevreuil qui rentre dans la rivière !

80 mètre au dessus de moi.

Il descend la rivière, il vient vers moi. Je le voyais nager. Juste sa tête qui dépassait. Un coup à droite, un coup à gauche.

En un clin d'oeil, il arrive à une petite dizaine de mètres de moi. Il s'arrête, il me regarde et ensuite il repart sur le côté. Il sort de l'eau. Il se secoue. Il me regarde. Il s'en va tranquillement.

Et des trucs comme ça, y'en a plein à la pêche à la mouche.

Quand on la chance de pouvoir montrer ça à quelqu'un, c'est superbe.

C'est comme le corbeau qui picorait dans la rivière. Il mangeait des petites larves. A chaque fois que j'avançais, il avançait aussi. C'était super rigolo.

Une autre année, y'a eu un renard. Il me regardait pêcher, C'était marrant. Il me suivait. Quand je suis sorti, on est resté trente secondes à se regarder avant qu'il ne rebrousse chemin et qu'il me regarde encore.

Quand les enfants des villes vont faire de la pêche à la mouche, ça leur montre qu'il y autre chose. Autre chose que le roller parc. Qu'on peut prendre le temps de regarder le monde autour de soi.

Dans les Yvelines, les jeunes qui viennent apprendre la pêche à la mouche avec nous, quand ils prennent leur première truite, et ils la prennent tous, ils vous décochent un sourire. C'est génial.


Type de document : XIU : journal officiel

Auteur fictif : Le Journaliste

Auteur réel : Jacky Bourdin

Provenance du texte : Printemps de la Démocratie

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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