Le Neuvième fourmille d'histoires, de gens célèbres.
Allan Kardec, est-ce que vous savez qui est Allan Kardec ? Vous ne savez pas…
Le maître spirite, pas spirituel, spirite, qui a écrit Le Grand Livre des Esprits. C'est une croyance qui a beaucoup pris au Brésil et dans les îles. Et de nombreux touristes brésiliens viennent ici. Ils savent que Kardec a habité Rue des Martyrs. Justement dans mon immeuble.
C'est amusant parce que les touristes s'arrêtent devant chez moi et regardent.
Avant de savoir pour Kardec, je me suis demandé souvent pourquoi ils photographiaient la façade, surtout que l'immeuble n'avait pas été ravalé, c'était vraiment très moche. Jusqu'au moment où j'ai compris que c'était un lieu de pèlerinage pour eux. En fait, il a écrit son livre au 8 rue des Martyrs.
J'ai reçu une lettre, un jour, qui demandait l'autorisation de poser une plaque sur l'immeuble. J'ai donné mon accord au nom du syndic mais voilà-t-y-pas que l'Union des Rationalistes a fait sauté une petite bombinette sur sa tombe au Père Lachaise. Et du coup, le projet de la plaque a été oublié.
Kardec était dans l'immeuble cour. Moi je suis dans l'immeuble rue.
Dans le temps d'ailleurs, cet immeuble rue, c'était un petit bordel qui s'appelait le Grand Huit.
Et regardez : quand vous imaginez que là, là, là il y avait trois brasseries énormes jusqu'à la guerre de 14. Des grands cafés comme vous les voyez dans les peintures de Manet ou de Renoir. C'était la seule montée pour aller au Moulin de la Galette. Forcément plein de vie.
Et oui, que d'images en 60 ans de Neuvième.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Anonyme
Auteur réel : Brigitte
Provenance du texte : Printemps de la Démocratie
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Petit aperçu amoureux de l’année 2001
Janvier/février/mars : petit copain numéro un – il est paranoïaque mais je ne m’en rends pas compte tout de suite, je le trouve difficile à vivre et je deviens de plus en plus nerveuse. Quand il me téléphone 100 fois par jour pour me menacer de me tuer et finit par casser ma porte d’entrée en hurlant "Où sont mes ciseaux, rends-moi mes ciseaux, je veux mes ciseaux", je finis par capter ;
Mai/juin/juillet/aout/septembre : petit copain numéro deux – je ne lui demande rien. Rien de rien de rien. Il promet tout. Tout et tout et tout. Il est souvent absent. Officiellement, à cause de son travail. En réalité, il est maqué depuis une bonne dizaine d’années. Je suis sa maîtresse et je l’apprends par hasard ;
Novembre/décembre : un street shaman, drôle, sexy, mais complètement irrégulier. Me plante lapin sur lapin et ne me prévient jamais. Mais qu’est-ce que je dois faire ? Ce n’est pas dans le "streetforce manuel du DJ" que j’vais trouver une réponse ! Encore moins chez les copines : elles ont plus de principes qu’il n’y a de lois dans le code officiel du XIU ;
En filigrane : liaison amusante, sans régularité ni conséquence. Mais l’amant en question s’avère être un chasseur de prime du XIU. Je le laisse filer avant de me faire démasquer et de finir reconditionnée.
Et avant 2001?
Une drag queen, un escroc, un espion, un gigolo, un assassin recherché par la police, un minet qui rêve d'une Ophélie Winter chinoise, un guru crudivore, un radin, un dominateur sm, un mythomane, quelques traumatisés du "maman m'a fait mal" et d’autres du "papa était méchant", un pervers fétichiste, un voleur en fuite, deux ou trois machos qui voulaient tout diriger, quelques mondains très ennuyeux, une paire de partouzeurs démasqués et remerciés et une autre d’hypocondriaques anxieux, des beaux gosses sans cervelle, des cervelles sans libido, un narcisse qui ne parlait que de lui, une flopée de vampires et une autre de parasites.
Et depuis 2001?
Un grand voyageur des 3 Espaces que je rencontre de temps à autres au détour d'un vortex…
Vie de DJ. Femme. Capitaine.
J'en suis lasse, Arte Miss, lasse.
Je vais raccrocher.
Comment fais-tu, toi ?
22/10/2002
à Arte Miss
Type de document : correspondances
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun