Il est exact que -pendant quelques années- le Capitaine a oublié le Voyage, les 3 Espaces et le carnet n°7.
Il est exact, oui, si on comprend ce qu'est l'oubli. L'oubli n'est pas l'anéantissement. L'oubli enfouit. L'oubli rejaillit.
Il faut bien savoir qu'aucun Voyageur – jamais - n'oublie le Voyage.
Jamais.
Les lieux visités se confondent avec des rêves, des souvenirs de lecture non attribués, des jeux d'enfance, des hallucinations ou des transes mais ils restent quelque part dans le corps, dans l'esprit, dans les visions et quêtes. Ils grignotent, ils inspirent, ils poussent, ils reviennent lancinants, provoquer les plus étranges décisions. « Je veux voir Ceylan », disent ceux qui ont traversé la Rivière, « je suis passionné d'astrophysique », s'étonnent ceux qui autrefois allaient se percher en équilibre sur les vortex , « nous verrons les débuts de la téléportation », se plaisent à croire ceux qui atteignaient la Terre des Rêves - Kiméria - grâce à la force tranquille de leur esprit.
Le Capitaine, elle, ne disait rien, mais elle partait. Partout où la terre s'arrêtait.
Elle cherchait les shamans, les marcheurs du désert, les maîtres du souffle. Elle se préparait, à son insu, à l'Art suprême des Nœuds que certains aiment à nommer le Jeu des Perles de Verre. Mais ces certains-là ne sont pas de ses amis.
Le Capitaine ne disait rien, non, mais elle écrivait. Elle épuisait les carnets sans qu'aucun, jamais, ne lui procure de satiété.
Et comment auraient-ils pu ? Ils n'étaient pas le numéro 7.
Le numéro 7, elle l'avait oublié.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griotte
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
On peut croire qu’avec les années notre pensée évolue et mûrit, que des nouvelles rencontres, plus complexes, fines ou modernes, détrônent les anciennes.
Peut-être.
Mais, il me semble revenir toujours et sans cesse [Pénélope complexe] aux mêmes voix qui m’ont émue, dans lesquelles j’ai reconnue - élaboré - ma subjective intimité, qui me l’ont révélée.
Certains êtres sont de la même intuition.
Monsieur Bachelard, je vous rejoins, depuis la première fois où j’ai effeuillé votre "poétique de la rêverie" à 17 ans, dans ces espaces créatifs auxquels vous m’avez – vous seul – initié.
D’ailleurs, si je n’ai jamais supporté l’enseignement d’un maître ou d’un professeur dans le monde réel, c’était parce que, grâce à vous, dans l’univers poétique, j’avais appris à accéder aux plus grands …
A Gaston Bachelard
Type de document : correspondances
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : 1
Textes satellites : aucun