Rubrique " Paroles de Citoyens"
Le théâtre permet de dire avec les mots de quelqu'un d'autre sa propre colère.
Après, c'est comme si la colère devenait un objet plutôt beau, parce qu'il est mis en scène, parce qu'il est travaillé, parce qu'il est écrit.
Un objet qu'on peut regarder et qui est sorti de soi.
C'est moi. Et c'est là.
L'amour pareil.
Je vois des gens qui sont tellement débordants de violence et d'amour en même temps, qu'ils n'arrivent plus à faire la différence.
Et là, tout à coup, il y a Shakespeare.
Ils sont très très étonnés de retrouver dans Shakespeare tout cet amour et toute cette violence. Très étonnés d'être touchés. Très étonnés qu'on puisse dire tout ça avec les mots de Shakespeare.
Marcelle au Repas de quartier du 14 juin 2005
1er arrondissement
Type de document : XIU : journal officiel
Auteur fictif : Le Journaliste
Auteur réel : Marcelle
Provenance du texte : Printemps de la Démocratie
Commentaires : 1
Textes satellites : aucun
Quelle que soit la langue qu'il parle, quand un Cimmérien dit "je", il pense "je suis".
Car pour un Cimmérien, le préalable à la parole est la conscience et la conscience génère l'existence.
Dire "je suis" est donc - pour un Cimmérien - une tautologie orgueilleuse car qui peut dire "je suis celui qui suis" en dehors du "Grand Je" ? Du sujet qui est soi-même ? De l'ergo sum qui sum ? De l'ipsum esse. Du Récit lui-même.
Cette conception du "sujet" grammatical se répercute sur toute la construction de l'énoncé, le verbe ne pouvant plus jamais être verbe mais étant toujours un attribut : "je parle" devient "je suis le parler", "je sens" deviens "je suis le sentir", "je suis triste" devient "je suis le triste".
Glissement cohérent puisque les Cimmériens ont choisi de migrer sur les Terres manifestées pour faire l'expérience de la matière, de la sensation, des émotions.
La contrepartie de cette difficulté ontologique du Cimmérien à énoncer "je suis" peut donner lieu à des désordres de tout ordre et participe sans doute à la difficulté du Cimmérien à s'intégrer dans les jeux sociaux ainsi qu'à défendre ses intérêts.
Type de document : DJ's classes : études cimmériennes
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun