Mon amie F. (comme Fantômette) a eu la vision du temps comme étant la somme de tous les gestes accomplis, un flot compact et mouvant. J’ajouterais que la matière et le réel ne sont rien de plus que ce flux. Influencé par mon geste et par ma conscience.
La technologie appartient au flux, au continuum de la matière.
Tandis que ma conscience, elle, est influx.
Abdiquer ma conscience pour m’identifier à la technologie, c’est perdre mon état de sujet, c’est me limiter, moi et tous les autres, pour aujourd’hui et pour demain. Pour hier aussi puisque j’impliquerais alors le devenir du passé, puisque je condamnerais au flux le potentiel humain dont je suis le récipiendaire. Détruisant ainsi l’avenir d’une lignée. Reniant l’effort des millions de générations qui m’ont précédés.
Car le Vivant naît lorsque l’influx rencontre le flux.
Type de document : DJ's classes : l'art du voyage
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Je fais depuis que j'ai 20 ans une collection des plus étonnantes. Une collection dont je suis la seule à pouvoir jouir. Je la constitue très méticuleusement. Elle agit comme un impératif dans mes itinéraires de voyage.
Je collectionne les vues du monde depuis les balançoires. Point de vue haut ou bas. Prise fixe ou mobile. Par tous les temps. Partout. Absolument partout.
Instantanés de mémoire. Exercice intime. Droit au secret. Vous ne verrez jamais aucune de mes balançoires. Et elles sont les plus belles. Au crépuscule, sous la pluie, dans la terre boueuse, dans le péril des bidonvilles, dans l'essouflement du jeu qui cherche à crever la peine des séparations passées et à venir.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun