Un jour de printemps, une petite fille perce-neige saisit un crayon. Perce-neige parce que, née du printemps sec et mat des strictes terres de l’est, elle avait pris l'habitude de briser les givres pour que jaillisse sa vitalité.
Quelques jours plus tôt — peut-être le jour de son anniversaire — elle avait trouvé un carnet dans un caniveau. N°7. L’écriture en était cryptée, comment l’aurait-elle déchiffrée ? Elle caressa le cuir brun. Le huma et, puisqu’elle ne pouvait pas le lire, la petite perce-neige saisit un crayon sans plume ni bille, un crayon avec mine, et recouvrit les feuillets du carnet de ses propres idées - palimpseste procedé.
Ce n'était pas son premier texte. Déjà quand elle ne savait pas écrire, elle écrivait. Dictant à sa fratrie, ses amis, sa famille, les mots qui la bousculaient, la hantaient, la portaient.
Le carnet n°7, elle l'a gardé. Dans une boîte, une boîte recyclée, convertie des chaussures aux secrets -remix procédé.
D’âge en âge, elle a empilé les cartons et dedans : les cahiers, les secrets, les dessins, les courriers, les photos, les télégrammes et les programmes, les papiers de cigarette gribouillés et les papiers de chewing-gum coloriés, les paquets de chips au vinaigre (vides) et les flacons d’après-rasage (vides aussi), les mots d’amour (pour renoncer) et les lettres d’adieu (pour recommencer). Le n°7, le carnet de poche relié en cuir brun, elle l’a oublié dans la deuxième boîte. Tout en bas de la pile. Dans un coin du grenier.
Puis, forcément, elle a grandi, elle a migré, d’Equateur en Australie, du Chili en Californie, d’Italie en Cimmérie. Elle a vogué. De quartiers en forêts, de volcans en bidonvilles, de sources chaudes en terres d’argiles. Elle a rencontré des p’tits gars, des grands bouddhas et même un roi. Elle a hiverné, cinq ou six années. Dans une transperçante solitude. Funambule du néant.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Loula-Ludivine
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
En Occident, au début du Moyen Age, les Adeptes décidèrent de recruter leurs pairs parmi une élite sociale et intellectuelle et de ne plus attendre que des postulants au Voyage viennent à eux, poussés par un appel mystérieux.
Ils focalisèrent dès lors leurs travaux sur la création de vortex artificiels, mécaniques ou alchimiques et développèrent une science occulte : l’œuvre. A notre époque, l’œuvre se poursuit dans les laboratoires de génétique et de cybernétique.
Pour mener à bien leur œuvre, les Adeptes fondèrent l’Ordre Secret des Joueurs des Perles de Verre, ordre dirigé par un Magister Supremus.
Cet Ordre devint de plus en plus puissant, élargissant ses alliances aux Adeptes de tous les continents et cherchant à affaiblir, partout où il le pouvait, l’influence des Nomades.
Au XXème siècle, l’Ordre des Joueurs donna naissance au XIU qui gouverne aujourd’hui les Arts et Métiers au niveau planétaire.
Le XIU se partage en deux organisations : l’institution officielle des Arts et Métiers et l’Ordre Secrets des Joueurs.