Gaston

Très très cher Monsieur Bachelard, que jamais je ne saurais appeler Gaston, en ma jeunesse vous avez nourri mon esprit, vous l’avez formé, et aujourd’hui, quinze ans plus tard, quand je relis vos textes, surprise de tant de connivences, je m’interroge devant le soulagement de mon être [satisfaction, satiété] :

J’ignore si vous articulez toutes les intuitions qui en moi tentent de s’exprimer ou si j’ai appris à appréhender le monde à travers le canal, le prisme, de votre pensée ;

Qu’il s’agisse :

* de la distinction entre l’homme pensif et le penseur [je suis une femme pensive, c’est certain, absolument pas une penseure] ;
* de la motivation éminemment chimérique du progrès et non de son utilité ;
* du refus du réalisme et du modèle représentatif ;
* de la méfiance envers le naturalisme à l’image référentielle trompeuse ;
* de cette vision architectonique de la science où le savant ne découvre jamais rien mais systématise toujours un peu mieux [ la science est un récit variable ] ;
* de votre éloge ininterrompu de la rêverie, ou plutôt des rêveries, que j’ai explorées des années durant dans mes retraites, ermitages et voyages ;
* de l’importance de remettre en question ce que l’on pense pour acquis, prouvé ou obvie et de la capacité d’autodérision qui conditionne une telle démarche ;
* de votre refus primordial de l’ontologie métrique [ "on ne connaît que ce qu’on mesure" - autre tentacule du monstre réaliste ] et de votre défense acharnée de "l’approximationalisme" [ le traitement impressionniste que le récit variable applique à un sujet - des petites touches éparses et évocatrices reliées par hypertexte – en est une application directe ] ;
* de votre dénonciation de l’illusion du commencement [ "le début n’est pas un commencement" ],
* de l’élaboration de la pensée qui ne se bâtit que contre ou malgré ;
* de votre défense d’une épistémologie de la pluralité, d’une solidarité inter-conceptuelle, de l’inter-rationalisme, du "cogitamus" et non du "cogito" ( jusque dans la relation parents-enfants), de l’importance de la controverse ;
* de votre fascination pour les vertus imaginatives et thérapeutiques des quatre éléments [air-terre-feu-eau] et de votre psychologie …

A Gaston Bachelard


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

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violence et amour

Rubrique " Paroles de Citoyens"

Le théâtre permet de dire avec les mots de quelqu'un d'autre sa propre colère.

Après, c'est comme si la colère devenait un objet plutôt beau, parce qu'il est mis en scène, parce qu'il est travaillé, parce qu'il est écrit.

Un objet qu'on peut regarder et qui est sorti de soi.

C'est moi. Et c'est là.

L'amour pareil.

Je vois des gens qui sont tellement débordants de violence et d'amour en même temps, qu'ils n'arrivent plus à faire la différence.

Et là, tout à coup, il y a Shakespeare.

Ils sont très très étonnés de retrouver dans Shakespeare tout cet amour et toute cette violence. Très étonnés d'être touchés. Très étonnés qu'on puisse dire tout ça avec les mots de Shakespeare.

Marcelle au Repas de quartier du 14 juin 2005
1er arrondissement


Type de document : XIU : journal officiel

Auteur fictif : Le Journaliste

Auteur réel : Marcelle

Provenance du texte : Printemps de la Démocratie

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