"Entre les morceaux de la Table brisée pousse le poème et s'enracine le droit à la parole"
1. Comme je l’ai cherchée cette Table brisée dans mes initiations au Voyage, comme je l’ai languie. Sept années de silence et de contemplation. Hors langage. Hors pensée. Le plus loin possible. De la matière. Des notions d’espace, d’intérieur, d’extérieur. Il fallait s’extraire de toute relation possible au mot connu, à la parole, au signe. S’en remettre uniquement au ressenti. Ne dépendre que de la conscience, à des niveaux de plus en plus subtils. Une sensorialité abstraite qui aurait échappé aux terribles pièges de la séparation entre l’ontologique et le verbe.
Et de cet alors, comment rompre la solitude – douce trop douce? Comment rejoindre l’autre ?
Seul le poème, la métaphore, le trope. Autant de morceaux éparpillés de la Table brisée. Non comme le mal de Pandore mais comme la lumière de la création.
2. Si Moïse n’avait pas tardé, si le peuple n’avait pas douté, si Aaron n’avait pas cédé, si les premières tables n’avaient pas été brisées, alors "le mot eût été la chose" et le poème n’aurait pas existé. Que de vertus recèle l’erreur ...
"La violence du livre s’exerce contre le livre : une lutte sans merci. Ecrire serait peut-être épouser dans le verbe les imprévisibles phases de ce combat où Dieu qui est réserve insoupçonnée de forces agressives est l’indicible enjeu".
(remix Jabès)
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Référence : Edmond Jabès
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Je fais depuis que j'ai 20 ans une collection des plus étonnantes. Une collection dont je suis la seule à pouvoir jouir. Je la constitue très méticuleusement. Elle agit comme un impératif dans mes itinéraires de voyage.
Je collectionne les vues du monde depuis les balançoires. Point de vue haut ou bas. Prise fixe ou mobile. Par tous les temps. Partout. Absolument partout.
Instantanés de mémoire. Exercice intime. Droit au secret. Vous ne verrez jamais aucune de mes balançoires. Et elles sont les plus belles. Au crépuscule, sous la pluie, dans la terre boueuse, dans le péril des bidonvilles, dans l'essouflement du jeu qui cherche à crever la peine des séparations passées et à venir.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun