Devant moi, dans ce bistrot où je suspens quotidiennement le cours des événements jamais plus d'un quart d'heure, avant de regagner mon appartement, je remarque pour la première fois la fenêtre ouverte, qui bascule vers l'extérieur.
Il fait déjà nuit dehors, et les lumières du café se reflètent sur la vitre, mon visage aussi dans un même mouvement.
Bleuté, il se superpose aux contours brumeux de la rue, aux flâneurs qui viennent interrompre quelques instants la quiétude fixe des affiches s'imposant à mon regard.
La glace, légèrement poussée vers le dehors, déforme la perspective, mais ce pourrait être aussi bien moi qui suis de guingois.
J'existe dans ce reflet, et il n'existe que pour mon regard.
La patronne referme la fenêtre d'un mouvement sec, mon double virtuel a disparu.
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Arte Miss
Auteur réel : poisson soluble
Provenance du texte : Participation
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
La Cour des miracles, bien sûr, c’est le royaume d’Esméralda l’égyptienne, la dompteuse de l’extrême, la danseuse de la mort, la sauveuse de poète, la malheureuse, la mal aimée, assassinée pour la vérité de ses désirs, une grande dame.
C’est Angélique aussi, nommée la merveilleuse, marquise des mendiants et des voleurs, voyageuse des fonds de cales, qui perd encore et sans cesse tout ce qu’elle a conquis, Robert Hossein et l’alchimie, son palais et sa famille.
Terrible association entre un mythe total et un fantasme kitch : il est tant de référents dans notre imaginaire !
Aujourd’hui, j’aurais situé "la Cour des Miracles" quelque part dans le 18ème, vers "la goutte d’or" : les deux noms ont l’air d’être en filiation directe, vous ne trouvez pas ?
Et pourtant, non. La Cour des Miracles se nichait à proximité des Halles. Bien sûr ! Quel autre territoire aurait pu davantage tenter les brigands et les voyous ? Elle s’abritait au pied de la muraille de Charles V, entre la rue de Damiette et la rue des Forges.
Détruite en 1667 sur ordre du lieutenant de police La Reynie, elle s’est reconstituée au 18ème siècle.
Véritable cour, elle avait un roi - le roi des thunes, le coësre - et des délictueux officiers aux noms délicieux : archi-suppôts de l’argot, cagoux, coquillarts, courteaux de boutanche, calots, capons, francsmitoux, malingreux et autres marcandiers.
On dit qu'elle existe toujours, de l'autre côté …
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun