Après avoir fait quelques pas à peine, ils arrivèrent sur la grande place du marché, qui était particulièrement pittoresque. Les maisons, tout autour, étaient en dentelles de sucre. Il y avait des balcons à tous les étages, et au centre de la place se dressait un grand obélisque blanc, en pièce montée, autour duquel jaillissaient, de quatre fontaines merveilleusement sculptées, de l'orangeade, de la limonade, et autres délicieuses boissons sucrées ; le bassin était rempli d'une crème des plus appétissantes. Mais ce qu'il y avait de plus ravissant, c'étaient les adorables petits personnages surgis en foule de toutes parts, riant, chantant et plaisantant, ceux-là mêmes qui faisaient le joyeux tapage que la petite fille avait entendu de loin. Il y avait des dames et des messieurs aux splendides atours, des Arméniens et des Grecs, des Juifs et des Tyroliens, des officiers et de simple soldats, des prêtres, des bergers, des clowns, tout autant d'individus différents qu'il en existe sur la Terre.
Type de document : chants des petits griots
Auteur fictif : Miss Tigri
Auteur réel : Hoffmann
Provenance du texte : Liste de l'éducation nationale
Référence : Casse Noisette
Commentaires : aucun
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J’avais tant de fois revendiqué mon statut.
"Conteuse, je serai conteuse". A deux ans déjà je m’asseyais à terre et amassais des cailloux - mon assemblée - pour les convaincre de m’écouter. "Tout ce qui m’entoure a des oreilles".
A quatre ans je m’affirmai.
"Conteuse, je serai conteuse."
"Tu veux faire du cinéma ?"
Que nenni, je tournai la tête.
"Du théâtre alors ?"
"Pfff ! m’enfermer ? jamais !"
"Tu veux écrire ?"
"Non je ne sais pas écrire."
"Mais tu apprendras."
"Non"
"Mais si, quand tu iras à l’école, tu apprendras à écrire et tu pourras raconter plein de belles histoires dans des grands cahiers avec des grands carreaux."
"Non je n’écrirai pas moi. Je n’écrirai pas dans des grands cahiers avec des grands carreaux."
"Dans des petits cahiers si tu préfères, mon trésor."
A cinq ans je m’enhardissais
"Conteuse je serai conteuse, je veux parler des ponts et des boutiques, des fleuves et des bacs, des routes et des rues. Je veux dire tous les mots qui ont été pensés, je veux les mettre en fleurs et les distribuer en bouquets."
"Et tu les diras où tes histoires ?", demandait ma sœur au nom de Tulipe. Fanfan.
"Au grand air, sous la pluie, dans les parcs et les cafés. Au comptoir à l’heure du kir ou du noir."
"Tu vas te les geler."
"Me geler quoi ?"
"Je sais pas, c’est tortue qui dit ça."Tortue c’est notre grand frère."Les mains je crois..."
"Je crois pas."
Elle est vraiment petite ma sœur.
A sept ans je m’exaltai.
"Où sont les marais ? Asséchés. Les bancs publics ? Emiettés. Les miroirs du métro ? Remplacés. Je ne suis pas mémoire, je ne suis pas jugement, je ne suis pas image. Je suis parole. Je parle cette ville comme je la parcours. Je veux marcher et parler. Vocation urbaine. Voirie, vie publique".
On me laissait dire. A sept ans on dit tant de choses. On veut être majorette et magicienne. Palabre citadine et pas de danse ...
"Ca lui passera, t’inquiète pas ."
"T’inquiète pas ! mais elle refuse d’écrire !"
"surtout ne la bouscule pas . Sa maîtresse dit qu’elle est très en avance pour son âge. Einstein non plus..."
Papa/maman dans le lit. Fanfan dans le lit. Tortue dans le lit. J'ai besoin de voir la nuit. Je sors.
J’ai sept ans.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Loula-Ludivine
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : 1
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