je suis

Quelle que soit la langue qu'il parle, quand un Cimmérien dit "je", il pense "je suis".

Car pour un Cimmérien, le préalable à la parole est la conscience et la conscience génère l'existence.

Dire "je suis" est donc - pour un Cimmérien - une tautologie orgueilleuse car qui peut dire "je suis celui qui suis" en dehors du "Grand Je" ? Du sujet qui est soi-même ? De l'ergo sum qui sum ? De l'ipsum esse. Du Récit lui-même.

Cette conception du "sujet" grammatical se répercute sur toute la construction de l'énoncé, le verbe ne pouvant plus jamais être verbe mais étant toujours un attribut : "je parle" devient "je suis le parler", "je sens" deviens "je suis le sentir", "je suis triste" devient "je suis le triste".

Glissement cohérent puisque les Cimmériens ont choisi de migrer sur les Terres manifestées pour faire l'expérience de la matière, de la sensation, des émotions.

La contrepartie de cette difficulté ontologique du Cimmérien à énoncer "je suis" peut donner lieu à des désordres de tout ordre et participe sans doute à la difficulté du Cimmérien à s'intégrer dans les jeux sociaux ainsi qu'à défendre ses intérêts.


Type de document : DJ's classes : études cimmériennes

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

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viens

Viens, viens.
Je te donnerai l'Orient des sens,
l'au-delà des mots,
le centre où l'esprit se mue et s'élance,
je te donnerai ces lieux
où je navigue insoluble et démesurée,
je t'offrirai la paix que j'ai frôlée
et que tu me rendras.
Viens,
nous irons tous les deux
là
où je ne saurais aller seule,
où tu ne saurais te perdre,
où nous attend l'immuable incandescence
de l'épée révoquée.
Viens,
nos mains doivent encore se trouver.


Type de document : carnets personnels

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : CL

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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