l'agneau, le loup et la chèvre

L'agneau, le loup et la chèvre

Toutes les chèvres, depuis des générations, récitaient en cœur, dans les basses-cours, le conte de Blanchette et de Monsieur Seguin.

Quand l'une d'entre elles s'égarait, elle savait très exactement ce qui l'attendait. L'herbe, la montagne, les chamois. Et le loup.

Soit elle revenait avant la nuit, forte de l'enseignement de son aïeule. Soit elle s'en remettait à quelque protecteur. Soit elle payait très cher son appel de liberté.

Parfois, naïve, l'une ou l'aure de ces fugueuses niait, oubliait ou refusait de croire que le loup était loup. Que le loup guettait, que le loup croquait. La malheureuse se jetait tout droit dans la gueule de son prédateur, pensant - de bonne foi - qu'ils seraient capables de trouver un terrain d'entente.

Il advint cependant que les loups peu à peu s'éteignirent, se regroupèrent et s'éloignèrent en des contrées si lointaines que les chèvres en vinrent à oublier que les loups existaient.

Circula alors dans le troupeau, la parole de certains pasteurs. On y parlait de temps nouveaux où le loup et l'agneau buvaient côte à côte dans les ruisseaux. Les loups étaient loin, les paroles si proches. Et tous les troupeaux se prirent à rêver. Certaines chèvres partirent même à la recherche du fameux ruisseau. Comme elles ne revinrent jamais, on cru qu'elles l'avaient trouvé. Et qu'elle paissaient, heureuses et libres, dans une terre promise.


Type de document : chants des griots

Auteur fictif : Griot Farceur

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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Neruda et Guillevic

Neruda et Guillevic, mes deux égéries de l’anodin et de l’élémentaire, furent des poètes engagés, poètes politiques, poètes communistes.

Comment l'interpréter ?

Non pas "en ce qui les concerne" : ce qui les concerne ne concerne qu'eux et m'échappe. Totalement.

Il m'est impossible de comprendre - depuis ici et aujourd'hui - cette nécessité, pour les artistes qui ont vécu la guerre civile d’Espagne et la deuxième guerre mondiale, de se convertir au communisme. De quel droit ? De quelles légitimes perceptions et perspectives ? Aucun, aucune.

Non. Comment l'interpréter "en ce qui me concerne", moi, Capitaine des mots qui refuse toute allusion politique dans mon écriture. Au nom d'une rupture d'anonymat, de vie privée, de laïcité. Au nom de la séparation stricte entre le personnel et le public. Au nom du respect de la sphère civile commune.

Car, si je veux être honnête ( mais est-ce que je le veux ?) je dois me demander s'il est possible de célébrer les armoires, les pneus et les casse-croûtes sans m'inscrire dans le politique.

Ne faut-il pas voir dans ma volonté de versifier le réel, le simple - dans ce besoin viscéral de faire descendre la littérature dans la rue, de la distribuer, de l’afficher - dans l'assimilation de ma fonction à une "DJ des mots" , "toyeuse / tagueuse" , "streetwriter" ou gangster lyrique - un engagement politique ?

Politique : relatif au gouvernement des hommes et des états.

Non. pas politique.Je n'ai aucune vision sur le gouvernement des hommes et de l'état. Je n'ai pas cette intelligence.

Pas politique mais civique.

Civique : relatif à l'art d'être une citoyenne dévouée à sa patrie et aux autres citoyens.


Type de document : DJ's classes : récits variables

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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