Mon amie F. (comme Fantômette) a eu la vision du temps comme étant la somme de tous les gestes accomplis, un flot compact et mouvant. J’ajouterais que la matière et le réel ne sont rien de plus que ce flux. Influencé par mon geste et par ma conscience.
La technologie appartient au flux, au continuum de la matière.
Tandis que ma conscience, elle, est influx.
Abdiquer ma conscience pour m’identifier à la technologie, c’est perdre mon état de sujet, c’est me limiter, moi et tous les autres, pour aujourd’hui et pour demain. Pour hier aussi puisque j’impliquerais alors le devenir du passé, puisque je condamnerais au flux le potentiel humain dont je suis le récipiendaire. Détruisant ainsi l’avenir d’une lignée. Reniant l’effort des millions de générations qui m’ont précédés.
Car le Vivant naît lorsque l’influx rencontre le flux.
Type de document : DJ's classes : l'art du voyage
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
La douleur première, essentielle, phare de son existence, est celle de vivre dans un corps.
Respirer, se nourrir, dormir, se transporter, se soigner, être soumise aux rythmes biologiques, à la nécessité de recommencer - chaque jour - les mêmes gestes.
Rien pour Loula ne se fait naturellement.
Elle a oublié d'avoir un système végétatif.
Elle contrôle tout et souffre de tout.
Elle ne comprend pas comment les autres font pour
respirer sans se questionner,
digérer sans se détendre,
manger sans angoisser,
se prendre pour leur corps.
Le seul moment où elle se laisse porter,
c'est quand elle versifie.
Parfois quand elle fait l'amour. Parfois.
À condition d'être plus légère que l'air.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griotte
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun