Il est exact que -pendant quelques années- le Capitaine a oublié le Voyage, les 3 Espaces et le carnet n°7.
Il est exact, oui, si on comprend ce qu'est l'oubli. L'oubli n'est pas l'anéantissement. L'oubli enfouit. L'oubli rejaillit.
Il faut bien savoir qu'aucun Voyageur – jamais - n'oublie le Voyage.
Jamais.
Les lieux visités se confondent avec des rêves, des souvenirs de lecture non attribués, des jeux d'enfance, des hallucinations ou des transes mais ils restent quelque part dans le corps, dans l'esprit, dans les visions et quêtes. Ils grignotent, ils inspirent, ils poussent, ils reviennent lancinants, provoquer les plus étranges décisions. « Je veux voir Ceylan », disent ceux qui ont traversé la Rivière, « je suis passionné d'astrophysique », s'étonnent ceux qui autrefois allaient se percher en équilibre sur les vortex , « nous verrons les débuts de la téléportation », se plaisent à croire ceux qui atteignaient la Terre des Rêves - Kiméria - grâce à la force tranquille de leur esprit.
Le Capitaine, elle, ne disait rien, mais elle partait. Partout où la terre s'arrêtait.
Elle cherchait les shamans, les marcheurs du désert, les maîtres du souffle. Elle se préparait, à son insu, à l'Art suprême des Nœuds que certains aiment à nommer le Jeu des Perles de Verre. Mais ces certains-là ne sont pas de ses amis.
Le Capitaine ne disait rien, non, mais elle écrivait. Elle épuisait les carnets sans qu'aucun, jamais, ne lui procure de satiété.
Et comment auraient-ils pu ? Ils n'étaient pas le numéro 7.
Le numéro 7, elle l'avait oublié.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griotte
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
J’ai vu récemment un reportage sur un prototype de lunettes numériques 3D qui effacent de la vision périphérique les éléments indésirables et perturbateurs comme, par exemple, les panneaux publicitaires : elles arrangent le réel.
Mais prolongeons – pour rien, pour rire - cette liste d’éléments indésirables qu’on pourrait éradiquer de notre conscience et de nos sens : les vagabonds, les ruines, les étrangers, les gros, les roux, les vieux, les agressions, les supplices, les abus, les policiers, les caméras de surveillance, la pollution.
Question subalterne: que voit-on à la place ? Mais ce qu’on veut, bien sûr : anges, cascades ou porno. C’est au choix.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun