Le Jeu des Perles de Verre n'est pas un jeu. Ce n'est pas un art non plus. Ni même un voyage.
Le Jeu est l'accomplissement de notre identité. La découverte des potentiels de notre perception, de notre conscience, de notre attention. Il met en œuvre des organes internes et subtils. Des vortex naturels qui agissent au-delà du physique, au-delà du métrique.
Mais attention : le Jeu n'est pas non plus une spiritualité. Il n'y a pas de "secret", de "vérité" ni de "divin" dans les six faces des 3 Espaces. Et le Père de tous les récits n'est pas Dieu.
Le Jeu est simplement un exercice cognitif qui nous fait basculer entièrement - et pas seulement mentalement - dans d'autres niveaux de réalité. Les vortex internes sont aussi naturels que les yeux ou les jambes. Tout le monde les possède. Tout le monde est capable de les activer. Ils ne font pas de nous des princes ni des élus.
Voyager ne nous rend pas meilleurs.
Voyager est une responsabilité. Envers nous-mêmes. Une responsabilité qui exige que nous ne perdions pas le souvenir de notre origine. Nous sommes des habitants d'Erel. Nous ne sommes pas des Kimériens ni des Numériens. Nous habitons dans un monde matériel où l'imaginaire et la raison nourrissent le réel.
Et si Kiméria et Numer sont des espaces tangibles, ils ne sont pas matériels pour autant. Ils sont tangibles car, lorsque nous les pénétrons, nous devenons aussi immatériels qu'eux. Nous entrons en harmonie avec leur densité.
Type de document : DJ's classes : l'art du voyage
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Quand j'écris, je ne veux pas de narration, de fiction, de récit. Mon propos est ailleurs. Radicalement. Essentiellement. Mon propos est l'anodin, la restitution, la captation, l'instantané.
Polaroïd du ressenti, du vécu.
Ecrire jusqu'à l'ivresse, jusqu'à en oublier la faim, le sommeil ou la solitude.
Ecrire jusqu'à me perdre dans cette voix qui me dicte chaque mot, ne voir que la plume, la main droite qui impulse le sillon toujours inespéré, la main gauche qui repose comme un chat sur la page du cahier et dont l'ombre seule me rappelle encore que le temps existe, n'entendre que le crissement du papier Moleskine, et redouter qu'un instant - à peine - qu'un instant plus tard, la phrase s'arrête, c'est certain, je ne peux pas écrire sans cesse toute la vie, toute l'éternité même si je peux écrire jusqu'à ma mort.
Vivre au présent dans la lettre, le mot, le syntagme.
Je suis mécontente. Vos mots se font languir. Je n'ai pas eu de vos nouvelles depuis très longtemps. Faudra-t-il que j'aille en Toscane venir chercher moi-même votre lettre ?
Au Dottore Pi
Type de document : correspondances
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun