Dans la famille Chapelle (18ème) :
— La fille veut danser mais pas sur des airs de guinguette.
— La grand-mère reste assise mais veut voir la fille danser.
— Le père veut un quartier plus animé.
— Le cousin veut qu'on lui parle dans un langage clair pour trouver du travail et payer ses impôts.
— L'oncle veut ce que veut son fils.
— La mère rêve d'un centre commercial.
— Le petit garçon rêve d'une piscine.
— La petite fille rêve d'une plage et d'un Grand Hôtel.
— Le grand-père veut un 18ème cosmopolite.
— Le fils ne veut plus voir les gens mourir du crack.
Mais il y a quelque chose qu'il veulent tous - le père, la mère, l'oncle et le cousin, le petit garçon et la petite fille - ils veulent tous que la Chapelle soit propre.
Bon. C'est sûr. Ils n'ont pas tous la même définition de la propreté.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Ecriture collective
Provenance du texte : Printemps de la Démocratie
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Vous me proposez de ralentir le temps, de vous rejoindre à Kiméria, dans votre domaine de Toscane, et d’y vivre une vie entière à vos côtés, en un seul voyage, dans le simple cillement d’un intervalle de réalité.
Mais, cher Dottore, mon ami, que nous resterait-il à vivre ensuite, dans nos prochains séjours ? Faudrait-il atteindre la fin? De nous, de vous, de moi.
Je le sais, les journées s’égrèneraient alors comme les vagues de la Méditerranée, éternellement semblables et différentes, douces et épicées. Goût salé du plaisir tranquille.
Dites-moi où je trouverais - après - la force de revenir au Monde, à mon siècle, à ma vie, à ma fille, à ce combat que je mène pour défendre la liberté d’exister en toute conscience dans les 3 Espaces.
Ne finirais-je pas par céder à la tentation kimérienne et à migrer ? Devenant moi-même un rêve, un récit, brisant le temps cyclique (un jour, un autre, le même) que je crée lors de mes voyages, m’aliénant aux rythmes de cet ailleurs onirique - si volatiles, si curieux, véritables sirènes - et provoquant une longue absence, aussi longue que la vie elle-même. Ce serait une désertion.
Votre temps naturel s’articule en réseau. Vous utilisez des points de jonction pour vous déplacer entre les époques et les espaces. Vous n’êtes pas soumis aux mêmes risques que moi. Vous m’apprendrez, dites-vous. Mais je n’ai jamais entendu, dans aucune rumeur, que quiconque l’eût appris. Le temps réticulaire est une aptitude, pas une initiation.
Au Dottore Pi
Type de document : correspondances
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : 1