La Bibliothécaire de Babel a transgressé le deuxième axiome de la bibliothèque...
Elle a rajouté aux 25 symboles orthographiques, le point d'interrogation et le point d'exclamation.
La bibliothécaire n'est plus une bibliothécaire. Elle innove, elle intervient, elle crée.
Elle me l'a révélé en silence, me tendant quelques livres cachés dans une seconde rangée au fond des étagères, rangée que personne ne consulte à la bibliothèque de Babel.
Tant de livres, tant.
Qui irait regarder derrière ?
Je ne pouvais même pas lui poser la question car la scène s'est déroulée dans le silence qu'impose la transgression.
Mais : comment a-t-elle eu l'idée, le besoin, d'inventer le point d'interrogation et le point d'exclamation ?
Peut-être est-elle une voyageuse.
Peut-être est-elle allée sur Erel, dans Numer. Peut-être a-t-elle arpenté la terre des rêves …
Car seuls les voyageurs peuvent entrer et sortir de cette contrée construite comme une tour qui n'a ni porte ni fenêtre.
On sait qu'il existe quelques voyageurs kimériens…
Il faudra bien que je lui pose la question.
Elle a inventé le point d'exclamation, mais connaît-elle le mot question ?
Type de document : journaux de bord
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Référence : La Bibliothèque de Babel, Borges
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Tribut du récit variable à Guillevic
Comme les épopées, Guillevic enchaîne les strophes, sans trêve, d’un poème à l’autre, d’un recueil à l’autre. Sa voix jamais ne cesse et semble ajouter perpétuellement de nouvelles images à un récit pris en cours – jamais commencé, jamais terminé – mais en fluidité permanente.
Chez Guillevic, le remix n’est pas une volonté, c’est un mode naturel : même dans ses allusions à la décomposition ou à la violence, il versifie le souffle de vie, ce souffle qui nous précède et nous emporte, lui que nous ne pouvons qu’accompagner dans sa circulation inachevée.
Il n’est pas de repos pour les chantres de l’anodin, les DJ's des mots, les voleurs lyriques : tout, tout le temps est à dire, surtout quand il ne s’agit pas de dire.
Type de document : DJ's classes : récits variables
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun