Cette nuit, dans mon rêve, dans un tissu de coton blanc, pas vraiment un torchon, on me donnait des olives noires, petites, fermes, aux formes purement baroques, avec feuilles et rameaux... J'en goûtais une et j'en étais transportée d'extase. Toute la saveur du Sud, de la Méditerranée, de la Toscane. Que j'avais oubliée, reléguée. Une bouffée de nostalgie. Un appel.
Tentez-vous de me ramener à vous, mon ami ? Est-ce vous qui infiltrez mes rêves ? Je ne viendrai pas. Pas encore. J'ai besoin d'un peu de temps. Vous le savez, les Cimmériens aiment le temps qui passe. Ils résistent à l'envie de l'arrêter sans cesse. Ils ont besoin de traverser. Sans trêve. Toujours plus loin. Pour recommencer sans cesse. Recommencer toujours.
Au Dottore Pi
Type de document : correspondances
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
- entre deux fugues
-> < sujet > = son père ; sa mère
< sujet > la regarde [des nuits] [des jours]. La regarde et retient ses larmes. L’embrasse [des nuits] [des jours]. Et retient. La serre tout simplement. La retient.
-> Loula ne parle pas. Versifie l’entour [la cuillère], [le cintre], [la chaussure], [le caddy], [la barrette], [le batteur électrique], [la bulle de savon] , [le lave-vaisselle], [la moquette], [la station essence] , [le supermarché]. contes [urbains] [anodins] [singuliers]
- entre deux fugues [ temps ]
Loula [11 ans] [12 ans] [13 ans] [14 ans] [15 ans]
- les choix
[la garder à Paris] [l’enfermer dans sa chambre] [l’attacher à son lit] [l’envoyer dans un centre spécialisé en province] [croire que chaque fugue est la dernière]
- les questions simples et composées / les ordres
[Où vas-tu quand tu t’en vas ?] [De quoi vis-tu ?] [Es-tu seule ou rejoins-tu quelqu’un ?] [Pourquoi partir, tu n’es pas bien ici ?] [Pourquoi ne t’avons-nous jamais retrouvé ?] [Raconte-nous quelque chose, même en rime, d’accord ?] [As-tu pris de la drogue ?] [Est-ce que quelqu'un t’a touché ?] [Réponds-nous] [Tu ne nous aime pas ? C’est pour ça que tu pars ?]
- les réponses
[en sourire parfois] [en colère aussi] [avec exaspération] ailleurs, je vais ailleurs [là où seuls les mots alimentent et abreuvent] [là où je ne suis jamais seule car le langage m’habite] [je ne connais pas d’ici, point fixe] [ici est un mouvement] [un pas qui m’emporte et me glisse dans le chant général] [où vous ne me trouverez pas] [ma résidence n’est plus sur la terre] [oui, quand je pars, je vaguedivague] [en odes élémentaires] [avec pour seule stimulation le son et l’air] [avec pour seul viol mon retour] [être près de ceux qui nous aime calcine] [l’épée incandescente garde si bien le paradis]
- la dernière fugue
< sujet > surprend Loula et dit simplement : "Ludivine"
< sujet > = son père ; sa mère
Loula : "j’y vais."
< sujet > ne l’arrête pas. Comment arrêter ? Pourquoi ? N’abdique pas. Lâche prise. Se détache.
< sujet > = son père ; sa mère
- la huitième et dernière fugue [temps]
[Loula 16 ans]
Type de document : vers
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun