Ce jour-là, je voulais juste me promener mais on ne pénètre pas dans la forêt australe comme on le ferait dans nos bois paysagés.
On s'arrête.
On pense aux reptiles, aux arachnides, aux insectes et à leurs morsures létales.
Comment ne pas s'arrêter ? Je voulais m'assurer d'être accueillie et préservée.
Et la forêt m'a parlé. Elle m'a répondue. Elle m'a apaisée. Elle m'a guidée.
Je me sentais si démunie : je n'avais pas emporté mon armure d'encre et de papier, cet intermédiaire qui filtre mon vécu. Je ne pouvais pas figer l'expérience, l'arrêter, la vider de sa puissance, pour l'épingler, comme un papillon, dans le cadre de mes écrits. Je devais entendre dans ma peau, dans mes os, l'invitation de la Terre.
J'avais vingt ans.
Certains passent leur vingt ans dans la trépidation des boîtes à rythmes, d'autres cueillent des champignons bleus ou construisent quelques fondations bien solides, moi je suis simplement entrée dans cette forêt.
Je n'ai pas tout su du voyage. Pas immédiatement. Mais j'ai entrevu un possible.
Je dois te le dire : tu viens de là. De cette conversation originelle. De cette orée-là.
à sa fille
Type de document : correspondances
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Les bobos ou ‘bourgeois-bohémiens’ [descendants directs des hippies et des yuppies] tentent de réconcilier matérialité et contre-culture : ils affichent l’authentique et l’autochtone pour camoufler leur environnement high-tech et ils prônent l’organique éthique de fabrication industrielle. L’artifice du naturel plus beau que nature, dérivation contemporaine du stuc [toc] baroque.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : 1
Textes satellites : aucun