il est deux heures

voix II : il est deux heures du matin

voix I : à la lueur d’une flamme
voix II : dans des fumées de cèdre
voix I : le Capitaine calque les derniers graphes de son odyssée
voix II : les premiers

voix I : il est deux heures

voix II : dans un abysse numérique
voix I : océane
voix II : Loula retrouve sa voix
voix I : et se questionne

voix II : il est deux heures, déjà demain

voix I : Pierre rêve près de sa femme
voix II : il revoit Lou sur le quai
voix I : la devine
voix II : se réveille
voix I : allume son ordinateur et dans le lac de l’écran
voix II : distinctement la reconnaît

voix I : il est deux heures et c’est la nuit

voix II : la tête du Capitaine se relâche
voix I : elle respire
voix II : elle songe aux feux qu’elle a domptés
voix I : aux tipis, aux cascades,
voix II : à ses explorations
voix I : elle songe à sa fille,
voix II : à ses sœurs, à son frère, son cousin, son streetshaman
voix I : et elle soupire
voix II : soulagée
voix I : le combat va commencer.


Type de document : chants du chœur

Auteur fictif : Voix I & Voix II

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : 1

Textes satellites : aucun

sortants

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j'avance

J’avance. Je ne peux pas reculer. Il n’y a que l’avant, jamais d’arrière. Impossible de me retourner. Le concept même de retour ou de passé est inaccessible. Ceux d’ici l’ignorent. Comment pourraient-ils concevoir l’inconcevable.

Peut-on seulement parler de temps dans cet espace absolument linéaire où l’on est insondablement poussé en avant ?

L’arrêt et le mouvement sont les deux positions.
L’ici et l’ailleurs.
Les lignes avancent parallèles sans jamais se toucher.
Parfois une mutation, une rupture, un saut, une fissure, un effondrement, une aspiration. Pour se retrouver à côté, ni au-dessus ni en dessous, mais toujours plus loin.

Le cheminement se fait côte-à-côte sans se heurter, puis l’on se perd.

Seul le point de fuite, devant. Pas de tectonique. Pas d’axonométrie.
Des simultanéités qui s’ignorent.

Lieu de l’oubli et de l’ignorance. De la solitude et de l’espoir : « plus loin peut-être, je me souviendrai. »

Lieu de promesse : « plus loin peut-être, je serai ici et alors naîtra brièvement l’idée du passé. »


Type de document : journaux de bord

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : CL

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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