Marge
J’expose ma peau à la grammaire des pluies des vents et des errances.
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C’est étrange, quand je prends des notes, je remplis toute la page de mon carnet et quand je compose des textes, je fuse d’abord des marges avec une double ligne nerveuse.
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Montmartre est hors périmètre / quel périmètre ? Celui de ma chambre, celui de la page ou du récit ?
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Périmètre autorisé / péripatétitienne / périmètre arrosé / arrosage automatik et lavomatik.
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Midrach : annotations argumentatives restrictives ou réinterprétatives placées en marge du texte sacré et des lectures précédentes / conte allégorique.
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La question de la marge est celle du rapport entre l’extérieur et l’intérieur : la marge est-elle dedans ou dehors ? Externe au document ou interne à la page ? Avec elle, l’extérieur et intérieur fusionnent comme dans le romantisme ou la mystique.
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L'écran a-t-il une marge ? Non : pas de marge pour l’écran. L’écran englobe tout, il ne laisse pas d’alternative.
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Les logiciels de traitement de texte (type word) reproduisent la page imprimée et présentent une marge que l’on peut définir dans la mesure des capacités de l’imprimante utilisée (marge d’impression) / les pages des logiciels de calcul (type excel) remplissent l’écran sans laisser de marge / les mots acceptent les marges pas les chiffres.
Type de document : notes et travaux
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Dans mes hommages – tribut à ceux qui ont contribué – comment ne pas parler prioritairement de ma sœur puisque avant même de songer aux questions de textualité, il faut se sentir concernée par l’écriture. Or puis-je ignorer que ma sœur, m’ayant précédé dans cette voie, me l’ayant ouverte, me l’ayant rendue évidente et nécessaire, a été mon premier moteur d’écriture ? Mon premier moyen aussi puisqu’elle tapait mes poèmes à la machine quand je ne savais encore ni écrire ni lire.
Ecrire fut ainsi d’abord une procuration, je déléguais l’acte à mon aînée, écoutant le cliquetis du clavier, le roulis du ruban, jalouse de ce jouet que je ne pouvais toucher, émerveillée de la dextérité manuelle qui composait une musique rythmée, satisfaite de ces signes qui conservaient mes images et sensations sur une pellicule de papier bleu. Je me souviens d’une histoire de valet de cœur et de dame de carreau qui attendaient la nuit pour mieux s’aimer en-dehors du jeu de cartes, s’incarnant dans un rouge simple mais intransigeant. Qu’avaient-ils fait du roi ?
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun