Dragon d’argent sur flammes bleues ondulant au gré des muscles et des mouvements. Tatouage sur ton corps. Caché mais apparent.
Je voulais demander : "'dis-moi' d’où vient un tatouage sur ton corps ? ..." "Quelle intimité ici s’expose ?" "As-tu déjà parcouru les fulminances à bord de ce navire sans nom qui hante nos mémoires en carton froissé ?" "Où me feras-tu souffrir dans le sillon que tu traces ?" J’ai seulement articulé : "savais-tu que le dragon est un motif baroque ? Tu as la peau baroque ..."
Cette année-là ' l’année du dragon ' combien de fois nous sommes-nous rejoints ?
Je disais : "les courbes et les angles de ton corps maigre 'classique et indépendant ' corps d’homme" et je pensai : "pourtant on croit dessiner une femme quand on te caresse ! Pas pétrir peut-être contourner." Je craignais : "je commence à peine à m'approprier tes axes et reliefs et déjà tu dérives vers ces zones brumeuses où je ne suis pas".
Combien de fois es-tu parti ?
"Quand tu quittes mon champ ' dis ' existes-tu encore ? Ou bien disparais-tu dans un au-delà chimérique où tu te dissous" "vapeurs bleues qui enveloppent ce reptile nourri sous ton bras comme une mise en garde" "je ne suis que fluctuances" "je vous enroberai pour mieux me dérober" "je vous grifferai de mes pattes ' ' mon humanité" "je vous dévorerai d'un coup de gueule ' ' béance de mon absence"
Combien me suis-je résignée ?
Loin, alors mon très cher, oh ! vas t'en loin, vers quelque étier isolé qui succombe, dans son rêve d’impossible retour, aux innombrables îles-étoiles qui gemment son cours.
Pendant que je garde l’image de nos formes conquises et complètes 'ellipses ajourées ' ' pierre tendre et tiède ' pendant que je reste
(Loula dit :)
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Loula-Ludivine
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Référence : Guillevic - Etier et Edgard Poe cité par Bachelard dans L'eau et les rêves (p. 67)
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Textes satellites : aucun
Dans mes hommages – tribut à ceux qui ont contribué – comment ne pas parler prioritairement de ma sœur puisque avant même de songer aux questions de textualité, il faut se sentir concernée par l’écriture. Or puis-je ignorer que ma sœur, m’ayant précédé dans cette voie, me l’ayant ouverte, me l’ayant rendue évidente et nécessaire, a été mon premier moteur d’écriture ? Mon premier moyen aussi puisqu’elle tapait mes poèmes à la machine quand je ne savais encore ni écrire ni lire.
Ecrire fut ainsi d’abord une procuration, je déléguais l’acte à mon aînée, écoutant le cliquetis du clavier, le roulis du ruban, jalouse de ce jouet que je ne pouvais toucher, émerveillée de la dextérité manuelle qui composait une musique rythmée, satisfaite de ces signes qui conservaient mes images et sensations sur une pellicule de papier bleu. Je me souviens d’une histoire de valet de cœur et de dame de carreau qui attendaient la nuit pour mieux s’aimer en-dehors du jeu de cartes, s’incarnant dans un rouge simple mais intransigeant. Qu’avaient-ils fait du roi ?
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun