La Seine a de la chance
Elle n'a pas de soucis
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement sans bruit
Et sans se faire de mousse
Sans sortir de son lit
Elle s'en va vers la mer
En passant par Paris
La Seine a de la chance
Elle n'a pas de soucis
Et quand elle se promène
Tout le long de ses quais
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s'en balance
Elle n'a pas de soucis
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s'en va vers le Havre
Et s'en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Anonyme
Auteur réel : Jacques Prévert
Provenance du texte : Liste de l'éducation nationale
Référence : Etranges Etrangers et autres poèmes
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Tu confrontes la rue seule pour la première fois. Tu marches et tu cherches des trésors. Tu veux récolter tout ce qui a été perdu et qui a de la valeur pour quelqu’un quelque part. Un numéro de téléphone sur papier de cigarette. Une photo de vieille grand-mère sur un vélo blanc. Un bouton rose avec perle nacrée, celui qui manquera au gilet de fête et qu’on ne pourra pas remplacer. Un ticket de métro non oblitéré mais tout froissé. Une pièce de cinq centimes, celle de la chance. Une pierre plate en forme de triangle isocèle sur trois strates, une rose une grise une rose, pierre de la malchance, tu le sais, tu le vois. Mieux vaut que tu la prennes toi plutôt que quelqu’un d’autre parce que, toi, la malchance ne t’atteint pas, tu n’es pas soumise au sort. Un rire trop aigu. Trois yakafocon à la suite les uns des autres, c’était sur la terrasse d’un restaurant. Cinq regards amoureux et un regard en coin vers la femme qui passe en jupe fendue jusqu’au cucul. Un brin de jasmin. Une idée géniale pour dépolluer uniquement les couches basses de l’atmosphère, de la même manière qu’on ne traite que les eaux nécessaires à la consommation, grâce à une espèce de grand cube qui serait installé sur les lieux de trafic intense comme la place de la concorde, c’était l’idée d’un homme à cravate sur le pont des arts, en face du grand bâtiment avec un dôme dont tu as oublié le nom parce que tout le monde s’en souvient. Trois lumières de réverbères éteintes pour cacher les baisers de couples défendus. Un féchier d’une dame blonde et énervée à un grand maigre désinvolte. La bague aussi qu’elle lui a lancée et qu’il n’a pas reprise. Une vis de trois centimètres qui tenait la passerelle d’un bateau. Et puis tu t’endors sur le quai. Même pas sur un banc. Près d’un bollard. En serrant très fort la corde. Tu portes un pyjama avec des nounours roses et bleus et tu n’as pas tes pantoufles. Tes boucles retombent sur tes joues et couvrent tes yeux. Tu es tellement fatiguée que tu dors la bouche ouverte.
C’est la première fois, tu as sept ans.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griot Atuéatwa
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun