VOUS
vous êtes réveillé/e à 6h45 avec l’horoscope. Vous n’avez pas entendu votre signe et vous l’avez regretté : vous ne saurez pas ce que vous réserve la journée. Vous n’avez pas eu envie d’écouter les informations et vous avez étendu votre bras pour éteindre la radio. Vous avez essayé d’approcher votre conjoint pour un câlin rapide mais de toute évidence l’envie n’était pas partagée. Vous attendrez ce soir en espérant que cette fois vous serez tous les deux dans l’humeur. A la masse, vous avez mis le café en marche, vous avez filé sous la douche, vous avez enfilé votre peignoir et vous avez aperçu derrière la porte votre choupette chérie, votre petite dernière. Vous l’avez prise dans vos bras et vous l’avez serrée très fort. Elle a glissé sa tête dans le creux de votre cou, comment résister. Elle a attrapé vos cheveux et vous a demandé où était Loula. Vous avez répondu que Loula était encore au lit. Elle vous a dit que non, que Loula n’était pas là. Vous avez rétorqué tranquillement qu’elle était sans doute aux toilettes ou dans la chambre de Tortue. Non, Fanfan insiste et dit qu’elle n’a pas vu Loula dans la maison. Elle commence à pleurer. Vous perdez patience, ces situations vous agacent et vous n’avez pas encore bu votre café. Alors un peu pour rassurer votre fille et un peu pour avoir la paix, vous entreprenez une fouille minutieuse de la maison. Vous appelez Loula comme si vous étiez en train de jouer à cache-cache. Votre conjoint vous demande d’arrêter de crier parce que vous allez ameuter tout le voisinage. Vous commencez à vous inquiéter, vous avez posé Fanfan et vous cherchez de plus en plus frénétiquement. Aucune trace de Loula. Vous sortez dans les escaliers de l’immeuble, dans la cour, dans la rue. Vous essayez de vous calmer. Perdre votre sang froid ne servira à rien. Vous remontez chez vous et vous appelez la
POLICE.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griot Atuéatwa
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Pardonnez-moi, je vous croyais mort, vous ne l’étiez pas ... Comment aurais-je pu imaginer qu’il restait encore un poète vivant?
Quand je vis l’affiche qui annonçait votre visite à Strasbourg dans cette petite salle de conférence de la Place du Corbeau, au coin de la ruelle sombre où avait vécu ma grand-mère, je crus à une résurrection – vous n’en deveniez que plus grand encore ! Tremblante, je m’étais assise au fond de la salle, heureuse, – auguriez-vous l’immortalité des chantres ?— je tentais de vous écouter mais, je l’avoue, je n’avais d’yeux que pour vos oreilles, si grandes oreilles dont les lobes immenses touchaient la terre.
Je comprenais enfin d’où venait votre verve tellurique : le rythme de vos vers, leur sobriété, n’était pas dionysiaque, je l’avais remarqué ! Vous n’étiez traversé ni par le duende, ni par la pena negra ni par le daïmon, non ... vous récitiez la terre parce vous l’entendiez avec votre ouïe fine ! Une ouïe de lutin, de chimère, de marin qui ne prend pas la mer ... vous n’étiez donc pas un humain ! Vous étiez un être mythique, un "guillevic", et si vous n’aviez pas de prénom, c’était parce que guillevic n’était pas un patronyme mais un genre. Et dire que personne ne s’en était rendu compte !
Guillevic : farfadet du Morbihan, aux grandes oreilles, porte parole de la nature et des éléments air, terre et eau (mais pas du feu)
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : 1
Textes satellites : aucun