Loula : Capitaine.
Capitaine : comment m'as-tu trouvée ?
Loula : je ne t'ai pas trouvée, je suis là où j'étais.
Capitaine : à l'épicentre.
Loula : oui.
Capitaine : au point d'éruption, à l'impact.
Loula : tu l'avais enfoui si loin pourtant.
Capitaine : si bien.
Loula : il n'était plus qu'un mythe, une légende, une chimère.
Capitaine : n'est-ce pas.
Loula : il tintinnabulait entre les voyelles de ces vocables magiques...
Capitaine : Chiloe, Llovizna, Neruda, Santiago, Tveria, Ir Chalom, peut-être.
Loula : il n'existait plus.
Capitaine : était parmi mes disparus.
Loula : a ressuscité.
Capitaine : non.
Loula : non ?
Capitaine : il est image. Pixels sur un écran.
Loula : mot.
Capitaine : emails denses, innatendus.
Loula : et la joie ?
Capitaine : il n'y a pas de joie, il y a l'illusion.
Loula : la technologie.
Capitaine : une prothèse, un écart, une distance.
Loula : patience.
Capitaine : le plus terrible c'est que je ne le connais pas.
Loula : plus.
Capitaine : comme si je ne l'avais jamais connu.
Loula : il existe pourtant.
Capitaine : mais lui, celui qui existe là où je ne le rêve pas, qui est-il ?
Type de document : minutes des mémoires absolues
Auteur fictif : Les Greffiers
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
La rêverie des objets décrite par Monsieur Bachelard parmi tant d’autres rêveries (de la pensée, de la volonté, de l’enfance, du mot, du cosmos) est génératrice d’une poésie de l’anodin, poésie simple et urbaine (streetwriting).
Il faut partir de cette amitié avec les choses, vantée par ce magnificateur de la substance, pour atteindre la rêverie du mot qui transforme le familier et le quotidien en textualité : le poète est un maître de l’attention.
[l’attention étant l’expression masculine et active de l’attitude féminine de contemplation.]
Type de document : DJ's classes : récits variables
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun