J'arrive pas loin du bal.
Je quitte la rue Gaston Tissandier
après être passé par la rue Charles Lauth
et la rue Gaston Darboux.
J'arrive sur le Square Charles Hermite
où il y a un bal.
Il est cinq heures
Paris s'éveille
Paris s'éveille
Il y a des enfants qui dansent
en faisant la ronde.
Ils sont mignons.
Ils sautillent.
J'arrive.
J'arrive dans la foule.
Les travestis vont se raser
Les strip-teaseuses sont rhabillées
Dans l'animation.
Les traversins sont écrasés
Les amoureux sont fatigués
Petite pause.
Il est cinq heures
Paris s'éveille
Je vais aller attacher mon vélo.
Les banlieusards sont dans les gares
A la Villette on tranche le lard
Paris by night, regagne les cars
Il y a des gens qui se roulent des pétards
dans le coin du square.
Il y a une demoiselle qui pose comme une pin-up
sur une table de ping-pong en béton.
Il y a une maman qui allume sa cigarette
tout en tenant une canette de coca.
la Tour Eiffel a froid aux pieds
L'Arc de Triomphe est ranimé
J'attache mon vélo
avec mon antivol Piton.
Paris s'éveille
C'est un vieux flash-back dans mon passé
ce quartier.
On est à la hauteur d'Aubervilliers.
Y'a un baby-foot.
Il est cinq heures
Je n'ai pas sommeil
Je vais prendre un petit Perrier.
Ça va me faire du bien.
J'ai la gorge sèche.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griotin
Auteur réel : Rémy Romeder
Provenance du texte : Printemps de la Démocratie
Référence : Il est cinq heures, Dutronc
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Le XIU n'impose pas une dictature ni une théocratie ni un féodalisme. Il ne prône pas le mérite ni même le hasard. Il ne s'appuie pas sur la résignation et ne se justifie pas au nom de la raison. Il allègue simplement la défense des droits individuels et des intérêts privés. Et il les pousse jusqu'au bout. Pour le Bien Commun.
La liberté d'expression est totale : la censure n'existe pas. Officiellement.
Mais, comment s'exprimer quand toutes les idées et expressions sont soumises aux droits d'auteurs ? Quand, pour pouvoir aligner quelques métaphores courantes, il faut l'autorisation de l'organisme chargé de la défense du Patrimoine Sémantique? Quand toute publication doit s'acquitter de droits forfaitaires prohibitifs, accessibles à quelques grands consortium multinationaux toujours affiliés, par une ramification ou une autre, au XIU.
Quant à l'artisanat de l'information et de la culture - les indépendants et petites entreprises - ils sont eux aussi obligés de se regrouper dans des corporations pour arriver à payer les droits d'auteurs. Ces corporations n'ayant d'autre choix que de trouver des accords, elles aussi, avec le XIU. Avec tout ce que cela sous-entend d'allégeance et de compromission.
Aujourd'hui, ce mécanisme nous parait normal. Nous l'avons intégré. Nous sommes heureux d'avoir le droit d'utiliser le langage pour parler et penser sans devoir payer un impôt spécifique. Nous remercions les syndicats d'enseignants d'avoir su défendre - aux premières années du XIU - la gratuité des droits d'auteurs pour les écoles.
L'idée même d'une zone franche lexicale dans l'espace publique nous paraît utopique. Il nous est difficile d'imaginer ce temps où des ordinateurs ne parcouraient pas tous les discours et écrits, images et musiques, pour relever le nombre de séquences employées soumises au copyright.
Aujourd'hui, une étape supplémentaire doit être entreprise par les aspirants au voyage interspatial : l'affranchissement de la soumission au copyright.
Vous devez apprendre à utiliser les mots, les notes, les sons, les formes sans peur d'être dans l'illégalité et l'illégitimité. Vous devez retrouver votre liberté. C'est une question de pensée et de psyché. Un déconditionnement intense.
Ensuite viendra le voyage. Alors. Seulement.
Type de document : DJ's classes : le XIU
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
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