cupcakes

Robe à volants.
Mauve.
La taille est gracieuse, la silhouette se profile en arabesques,
des arabesques ébauchées en un autre temps,
un temps qui n'a jamais existé.

Un temps coloré -rose, bleu, mûre, caramel et chocolat-,
aux odeurs de beurre fondu et de génoise bombée.

Elle virevolte entre le robot ménager et le four,
douille en main et spatule à la ceinture.
Elle dresse le glaçage et chante des airs de music hall.
Sa voix de soprane navigue,
elle plonge dans les graves du swing,
elle se dédouble, s'élance et se sublime.

Cette nuit,
elle n'en avait pas dormi :
l'aventure alchimique l'attendait...

Elle était prête à tout,
à marcher dans la ville enneigée pour dénicher de la crème de tartre et du bicarbonate, à tourner, œuvrer, battre, monter et bain-mariner, à s'isoler loin des messageries instantanées —,
elle était prête à mobiliser tout ce qu'elle était
mais elle devait finir cette journée avec
une fournée de cupcakes bigarrés
digne de Terry Gilliams, de Wes Craven,
de Dave McKean, de Caro et de Jeunet.
Quelque chose en dépendait, elle le sentait, elle le sent,
Quelque chose de vrai

Moi, je suis au spectacle.
Dermiquement et attentivement.
Je hume, j'écoute,
je dérobe une scène,
j'exulte.

Dans la pâtissière, je vois une reine,
une orfèvre du rêve,
une artiste,
une peter pan du 12e,
une révolutionnaire du réel,
une avant-gardiste du multiplexage enchanté,
une tisseuse des espaces entremêlés...


Type de document : carnets personnels

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : CL

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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nouveaux ghettos

Au centre, forums et grands magasins joyeux, revues des arts ménagers et de la mode, vénération de la haute couture et de l'épicerie de luxe, adulation des bijoux technologiques.

À la périphérie, centres commerciaux blafards, érection des entrepôts discount de la bouffe pas chère, déballage des bazars et des solderies, grouillement des échoppes kebbab et cartes téléphoniques.

Au centre, le chat policé se repaît dans le salon bourgeois. À la périphérie mis en train par l'abondance promise à tous et vantée partout sur les grands écrans, les rats puants guettent aux alentours les rogatons des banquets.

Nouveaux ghettos.


Type de document : chants des griots

Auteur fictif : Le Troubadour

Auteur réel : Léon

Provenance du texte : Printemps de la Démocratie

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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