VOUS
vous êtes réveillé/e à 6h45 avec l’horoscope. Vous n’avez pas entendu votre signe et vous l’avez regretté : vous ne saurez pas ce que vous réserve la journée. Vous n’avez pas eu envie d’écouter les informations et vous avez étendu votre bras pour éteindre la radio. Vous avez essayé d’approcher votre conjoint pour un câlin rapide mais de toute évidence l’envie n’était pas partagée. Vous attendrez ce soir en espérant que cette fois vous serez tous les deux dans l’humeur. A la masse, vous avez mis le café en marche, vous avez filé sous la douche, vous avez enfilé votre peignoir et vous avez aperçu derrière la porte votre choupette chérie, votre petite dernière. Vous l’avez prise dans vos bras et vous l’avez serrée très fort. Elle a glissé sa tête dans le creux de votre cou, comment résister. Elle a attrapé vos cheveux et vous a demandé où était Loula. Vous avez répondu que Loula était encore au lit. Elle vous a dit que non, que Loula n’était pas là. Vous avez rétorqué tranquillement qu’elle était sans doute aux toilettes ou dans la chambre de Tortue. Non, Fanfan insiste et dit qu’elle n’a pas vu Loula dans la maison. Elle commence à pleurer. Vous perdez patience, ces situations vous agacent et vous n’avez pas encore bu votre café. Alors un peu pour rassurer votre fille et un peu pour avoir la paix, vous entreprenez une fouille minutieuse de la maison. Vous appelez Loula comme si vous étiez en train de jouer à cache-cache. Votre conjoint vous demande d’arrêter de crier parce que vous allez ameuter tout le voisinage. Vous commencez à vous inquiéter, vous avez posé Fanfan et vous cherchez de plus en plus frénétiquement. Aucune trace de Loula. Vous sortez dans les escaliers de l’immeuble, dans la cour, dans la rue. Vous essayez de vous calmer. Perdre votre sang froid ne servira à rien. Vous remontez chez vous et vous appelez la
POLICE.
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griot Atuéatwa
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Rubrique "Paroles de Citoyens"
Je vis ici depuis 45 ans. J'ai connu les premiers travaux.
D'abord, ils ont fait la moitié des Halles.
Puis, le premier départ à Rungis.
Le deuxième départ à Rungis.
Réaménager.
Et oui ! Je suis vieux maintenant !
Mais, je fais quand même partie d'un club de boules et on joue toujours aux Halles. C'est pour ça que je suis venu aujourd'hui à la fête du quartier.
C'est sûr, pour le reste de mes vieux jours, moi je préférerais être tranquille et ne pas voir encore un gros chambardement ! Le chantier, les camions, on a donné ! La pagaille dans le quartier, on connaît. Mais bon, le changement est nécessaire. Il faut un peu penser aux jeunes aussi.
Moi, j'étais pour le projet du Hollandais, là. Comment il s'appelait déjà ? Haas ? Le fameux projet avec la terrasse et la piscine en surface. Et un terrain de football sur le côté…
Le jardin qu'on a aujourd'hui, il est pas mal pour nous, pour les enfants et tout ça. Avant, il n'y avait rien du tout. Mon envie, ce serait de garder le plus de verdure possible pour les enfants.
Des boutiques, il y en a assez en dessous. Ils parlent de réaménager encore des boutiques en surface…
Voilà, c'est mon avis à moi.
En tout cas, j'adore le quartier. Je trouve qu'on est bien au Forum. Y'a un peu de tout … d'accord. Mais je ne quitterais pas mon quartier pour un autre !
On a les Halles, on a les Tuileries, on a le Palais Royal, on a tout ce qu'il faut à proximité, la piscine en bas, ha ha ha. Et puis y'a de l'air dans notre quartier en plus. C'est pas un sarcophage. C'est pas fermé. Et j'aime bien aussi le côté cosmopolite. On vit avec vachement de races ! On peut changer, bouger !
En plus, ils vont peut-être nous installer un marché à la rue Montmartre. Un marché, ça nous manquait drôlement aux Halles. C'est ironique, non ? Le projet est prévu pour le mois de septembre. On attend pour voir. Parce que d'après les copains du quartier, le marché de la Place du Marché Saint Honoré n'a pas apporté grand-chose. Tout est aussi cher là-bas qu'ailleurs. Mais enfin, ce serait bien quand même d'avoir un marché.
Bon, les Halles, les vraies, il fallait qu'elles partent. C'était je crois cinquante ou soixante mille personnes qui passaient chaque jour. C'était le raz -de-marée. Je me rappelle les enfants qui allaient à l'école, ils traversaient le Pavillon de la Boucherie, il y avait des mares de sang partout. Les camions arrêtés au Pont Neuf ne pouvaient plus avancer dans le quartier. C'était une vie infernale. Et comme nos immeubles à nous n'étaient pas rénovés à cette époque-là, comme on n'avait pas de double vitrage, ça faisait un bruit d'enfer. Non, on est mieux maintenant. On est beaucoup plus tranquille.
Oh la la. C'était surtout le bruit des gens qui criaient dans la rue, leur voix montait. "Juanito", j'entendais, "les poireaux". C'était des jaunisseries de bananes, les grills. C'était une autre vie. Tous les marchands de frites, les bistros, ça tournait à cent à l'heure. Les coups de blanc avec les bouchers. C'était une autre vie.
Mais maintenant pour les vieux comme pour les gamins le quartier est mieux.
Type de document : XIU : journal officiel
Auteur fictif : Le Journaliste
Auteur réel : anonyme
Provenance du texte : Printemps de la Démocratie
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun