[Un recueil] est un ouvrage qui réunit des écrits et/ou des documents.
Il existe des recueils de toutes sortes parfois qualifiés de noms succulents :
- morceaux choisis : florilège, chrestomathie, choix, anthologie
- lettres : correspondance
- fables : fablier, ysopet, bestiaire
- pensées et essais : mélanges, variétés
- bons mots : ana
- sottises : sottisier
- documents et données : archives, cartulaire, chartrier, corpus, mémoire, miscellanées, spicilège, catalogue, registre
- droit et jurisprudence : bulletin, code, coutumier, digeste
- faits historiques : annales, chroniques
- renseignements : répertoire, manuel, lexique, almanach, fichier, index, inventaire,
- recettes et formules : codex, formulaire, grimoire
- prières : bréviaire, missel, office, psautier, abrégé, bref
- cartes : atlas, portulan, plan
- iconographies : album, keepsake
- poèmes : -
Les nouveaux bréviaires sont tout cela à la fois. Ils ne distinguent pas les genres. Ils ne les mélangent pas non plus. Ils associent les documents, les thèmes et les styles dans un système organisé en réseau, dans une ubiquité et une simultanéité de renseignements et d’évocations. Ils sont le genre moderne par excellence, représentatif de l’influence de l’organisation mentale héritée des NTIC et du numérique. Ils ne jugent pas : ils présentent autant les sottises que les pensées, les règles que les fables mais ils le font avec ordre, composition et méticulosité.
Type de document : DJ's classes : récits variables
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
C'est un désert au fond de soi. Elle brûle vive. Incandescence spontanée. Elle a pris feu. Pour rien. D'avoir trop voulu dire, je crois. Elle est seule.
Pas de nuée. Pas de bancs de fumée. Il ne s'agit pas d'errance. Il n'est aucun peuple. Aucune tribu. Aucun allié. Il ne s'agit pas non plus de solitude, je le sais. Et elle ne veut plus se battre. C'est avéré.
Un désert dont elle est le bûcher.
Brûler sans se consumer.
"Une immolation?" , l'idée même la répugne. Ni sacrifice. Ni épreuve. Ni révélation. Ni culpabilité innocente. Elle ne connaît que le récit. La composition du récit. C'est un mot après l'autre qu'elle a abouti dans ce brasier où les lettres et les syllabes sont feu, pas de feu ni en feu. Feu.
"Il faudrait trouver une rivière" , pense-t-elle dans un crépitement. "Pas une frontière. Un passage, un transit, une circulation."
Et d'une seule et même colonne, elle perce le sable, elle perce la terre, elle pénètre les cavités internes, intrinsèques, intérieures.
- "Styx"
- "Hadès"
- "Jourdain, Achéron"
- "Couloirs de l'enfer"
Murmurent toutes les voix pour la retenir à la surface, le visage tourné vers le ciel.
Mais les voix sont mensongères. Les récits aussi. Il est d'autres rivières dans la terre que celles de l'amnésie.
Elle flotte, navigue, écume. Elle poursuit son cours dans une nef.
Et le rivage qui prend côte est quelque port entre le jour et la nuit.
Pas d'arbres, pas de galets, aucune dune, aucun minerai. Des pavés circulaires, des mosaïques, des liens tissés. Une place. Un marché. Les tentes s'entremêlent, les étoffes, les voiles, les ocres souffrés.
Dans chaque allée, un fil de perles, un jeu d'étoiles, des bribes enlacées.
"Suivre le fil, le démêler ; comme un ruban, le dérouler ; et revenir à sa pelote, son crochet, à l'endroit même où il est né."
Ses pas ne quittent pas la poussière. Ses yeux sur le fil restent fixés. Aux embranchements, elle s'agenouille pour lire - des mains - le nœud tressé.
Comme une aveugle dans l'espace, à son instinct elle doit se fier. Chaque rupture, chaque rugosité, chaque béance, chaque retombée. Il n'est pas question de couleur. Ni d'émotion. Ni de pensée. Une intelligence du doigt. Révolution du labyrinthe.
Et là. Parmi les autres. Elle le trouve. La trouve. Lui ou elle.
Il n'a rien à vendre.
"J'ai ce tapis".
Si dense. Si dense. Qu'aucune nuance ne le reflète.
Si dense. Si dense. Qu'il peut nous traverser.
"Si tu le veux, tu peux le prendre".
Une malice.
Comment attraper ce qui nous traverse ? Nous, trop légers.
Elle s'assied à ses côtés, lui qui est assis sur le tapis. Dessus et pas dedans. Lui qui a un poids. Un vrai. Et elle attend. Elle apprend. Un jour. Un autre. Elle commence par tisser. Un nœud. Un autre. Elle continue par réciter. Puis vient le moment où elle peut lire. Où chaque motif prend ses contrastes. Où, dans sa main, elle est capable de saisir ce que nul ne peut raconter.
La première gardienne.
Peut-être la dernière.
Type de document : DJ's classes : études cimmériennes
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun