Prendre un café chez Élie, sur la terrasse, du mauvais côté de la place du Marché Saint-Honoré, cause circulation de voitures et vue sur le commissariat mais du bon côté cause exposition Nord-Est donc soleil le matin. Prendre un café chez Élie, tu trouveras pas moins cher dans le quartier, 5 F au comptoir, 9 F avec croissant, 20 F p’tit dej complet. Même pas le prix d’une eau chez Colette où pour pousser la porte déjà tu saignes. Prendre un café chez Élie parce que c’est chez lui. Les mégots plein par terre, les allumettes, les papiers de chocolat, le zinc en bois. Tour de manivelle, comme les bacs à bonbons des supermarchés, tu sais à l’entrée, après les caisses ou avant, ça dépend si tu mets ta pièce de 1 franc en entrant ou en sortant. (C’est dingue, c’est impérissable ce truc-là, ça traverse les générations ! Et sans changer ! La couleur, la matière, le design. Les bornes à bonbons seraient-elles les seuls vrais totems des hauts lieux sacrés de la consommation super/hyper/fun marchés ?). Un tintamarre de grains de café, océan mélangé – 14 crus différents – et des bocaux : des bocaux toscane, nuit d’été, amour absolu à Goa, des bocaux madeleines, des bocaux cacahuètes, et des paniers, des paniers brioches, pains aux raisins et mini-croissants, en sus quelques bises puissantes en plein sur le tympan. Élie ! j’ai promis que si le mercure montait à 28 ° celsius (pour avoir la correspondance en Farenheit utilise la formule suivante : tc = (tf - 32) : 1,8 ), je bronzerai sur la terrasse en bikini. En face du commissariat. On a le droit tu crois ? Élie dit que oui [ dikwi ]. Tiens, c’est drôle ça comme nom : Élie DIKWI. Prendre un café chez Élie DIKWI.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Je déambule dans une ville de papier, sans relief. Mes lignes sont plates, elles se divisent en branches et elles se rejoignent toujours là où je suis. Je suis ici maintenant. Surtout maintenant. Tout est transparent et je n’ai plus besoin d’espionner pour voir et pour entendre.
Je suis ton chantre. J’ai abandonné l’espace pour me donner au temps. Sale, déguenillée, perdue, j’ai choisi de dire les contes urbains en cette année première. Paris.
Et si je te confie l’acte d’écrire, ne me traite pas de lâche ni de fantôme. Ne me confonds pas non plus avec une muse électronique dont la fonction imaginaire serait de guider tes doigts sur le clavier.
Je suis ton chantre, celui de ton odyssée. Je célèbre les mots perdus à chaque fois que tes yeux oublient de s’arrêter et qu’ils défilent indifférents sur les secrets des trottoirs.
Et si je te confie l’art de m’écouter, ne me traite pas de tyran orgueilleux. Ne me confonds pas non plus avec un instinct venu du ciel dont la fonction imaginaire serait de guider ton regard sur le papier.
Je suis ton chantre, celui de ton odyssée. Je célèbre le courage qu’il te faut à chaque fois que tes mains préfèrent, au bip ou au switch, le long froissement du papier qui déchiffre le recto et livre le verso.
Et si tu me confies la tâche de te dévoiler, ne me traite pas de traître injuste et sans mémoire. Ne me confonds pas non plus avec un petit dieu dont la fonction imaginaire serait de diriger ton destin entre les lignes.
Je suis ton chantre, celui de ton odyssée. Je rapporte tes hauts et tes bas faits, tes choix et possibles. Je décris tes avancées et faits divers, toi, petit personnage d’encre liquide ou électronique.
( le chantre Loula déclame : )
(remix 13)
Type de document : chants des petits griots
Auteur fictif : Anonyme
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun