Ojem Café

A l'Ojem Café des Halles, c'est la foule des grands soirs. Les serveurs ont du mal à se frayer un chemin entre les tables minuscules où s'agglutinent au coude à coude des travailleurs hagards qui n'ont pas le courage de rentrer chez eux, avant d'effectuer les heures supplémentaires nocturnes obligatoires qu'ils doivent à leur patron.

Les verres de bière jettent quelques éclats ambrés sur leurs visages. C'est la pénombre dans la brasserie. A part quelques candélabres parcimonieux.

Je commande une salade de tomates fantaisie. Et une tranche de vache normandopéruvienne accompagnée de soja amérindien. J'ai lu, dans le dernier numéro électronique de la revue « Sublimations gustatives », que le soja de cette région du monde provenait des meilleurs hybrides. Et s'il y a tant de monde ici, ce n'est pas sans raison ! On y trouve les meilleurs ingrédients et les meilleurs assembleurs culinaires. Et pour un prix dérisoire.

Sur ma tranche de pain reconstitué, les tomates à la peau bleutée palpitent faiblement. La viande me semble divine. Avant de me jeter sur ces portions déjà prédécoupées, je n'oublie pas de prendre la comprimé digestofacilitateur aimablement fourni par le restaurant. On ne sait jamais !

Plus que deux minutes : je dois faire vite, je sens déjà dans mon cou le souffle court et chaud du prochain client pour la table N°124 654.


Type de document : chroniques de Kiméria

Auteur fictif : Cassiopée des Halles

Auteur réel : katecol

Provenance du texte : Cité des Sciences

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

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je déambule dans une ville

Je déambule dans une ville de papier, sans relief. Mes lignes sont plates, elles se divisent en branches et elles se rejoignent toujours là où je suis. Je suis ici maintenant. Surtout maintenant. Tout est transparent et je n’ai plus besoin d’espionner pour voir et pour entendre.

Je suis ton chantre. J’ai abandonné l’espace pour me donner au temps. Sale, déguenillée, perdue, j’ai choisi de dire les contes urbains en cette année première. Paris.

Et si je te confie l’acte d’écrire, ne me traite pas de lâche ni de fantôme. Ne me confonds pas non plus avec une muse électronique dont la fonction imaginaire serait de guider tes doigts sur le clavier.

Je suis ton chantre, celui de ton odyssée. Je célèbre les mots perdus à chaque fois que tes yeux oublient de s’arrêter et qu’ils défilent indifférents sur les secrets des trottoirs.

Et si je te confie l’art de m’écouter, ne me traite pas de tyran orgueilleux. Ne me confonds pas non plus avec un instinct venu du ciel dont la fonction imaginaire serait de guider ton regard sur le papier.

Je suis ton chantre, celui de ton odyssée. Je célèbre le courage qu’il te faut à chaque fois que tes mains préfèrent, au bip ou au switch, le long froissement du papier qui déchiffre le recto et livre le verso.

Et si tu me confies la tâche de te dévoiler, ne me traite pas de traître injuste et sans mémoire. Ne me confonds pas non plus avec un petit dieu dont la fonction imaginaire serait de diriger ton destin entre les lignes.

Je suis ton chantre, celui de ton odyssée. Je rapporte tes hauts et tes bas faits, tes choix et possibles. Je décris tes avancées et faits divers, toi, petit personnage d’encre liquide ou électronique.

( le chantre Loula déclame : )

(remix 13)


Type de document : chants des petits griots

Auteur fictif : Anonyme

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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