Marge
J’expose ma peau à la grammaire des pluies des vents et des errances.
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C’est étrange, quand je prends des notes, je remplis toute la page de mon carnet et quand je compose des textes, je fuse d’abord des marges avec une double ligne nerveuse.
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Montmartre est hors périmètre / quel périmètre ? Celui de ma chambre, celui de la page ou du récit ?
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Périmètre autorisé / péripatétitienne / périmètre arrosé / arrosage automatik et lavomatik.
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Midrach : annotations argumentatives restrictives ou réinterprétatives placées en marge du texte sacré et des lectures précédentes / conte allégorique.
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La question de la marge est celle du rapport entre l’extérieur et l’intérieur : la marge est-elle dedans ou dehors ? Externe au document ou interne à la page ? Avec elle, l’extérieur et intérieur fusionnent comme dans le romantisme ou la mystique.
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L'écran a-t-il une marge ? Non : pas de marge pour l’écran. L’écran englobe tout, il ne laisse pas d’alternative.
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Les logiciels de traitement de texte (type word) reproduisent la page imprimée et présentent une marge que l’on peut définir dans la mesure des capacités de l’imprimante utilisée (marge d’impression) / les pages des logiciels de calcul (type excel) remplissent l’écran sans laisser de marge / les mots acceptent les marges pas les chiffres.
Type de document : notes et travaux
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Capitaine L
Quand tu t’es dissoute, où es-tu allée ?
Loula
Dans le pays où toutes les phrases prononcées finissent leurs jours. Gelées.
Capitaine L
Je connais ce pays.
Loula
Je cherchais les mots d’amour de P’tit Gars. Ne les ai pas trouvés.
Capitaine L
Tout ne se dit pas.
Loula
Les miens en revanche, ils étaient là. Ils pendaient comme des stalactites. Des larmes effilées.
voix II
Silence
Loula
Et puis j’ai cherché les autres paroles, celles qu’il lui disait à elle. La diaphane.
Capitaine L
Bien sûr ...
Loula
Elles montaient. Réelles et fortes. Stalagmites. Je les ai caressées, effleurées. J’aurais pu si facilement les briser. "Ne les brise pas" je me disais comme un vent glacé, "ne les brise pas"
Capitaine L
Je croyais que tu ne savais pas lire ...
Loula
Une sentence de glace ne se lit pas. Elle n’est pas figée. Elle est en attente, elle est nue.
Capitaine L
Comme toi.
Loula
Serais-je moi aussi une phrase, une simple et pauvre petite phrase, prononcée et gelée ?
voix I
Silence
Capitaine L.
M’as-tu vue, moi, dans ces terres si froides ?
Loula
Sculpteure de l’écrit. Oui. Statue.
Type de document : minutes des mémoires absolues
Auteur fictif : Les Greffiers
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun