Les plus souvent, on dénombre 5 types différents de vortex.
1. les vortex stables, ceux dont la position (sur Erel) ne varie pas.
Il existe 3 différentes catégories de vortex stables :
— les vortex stables exacts, qui mènent toujours au même endroit (en Kiméria ou en Numer) ;
— les vortex stables approximatifs dont la destination oscille autour d'un centre fixe ;
—les vortex stables probables dont la destination appartient à un ensemble déterminé de lieux.
2. les vortex spontanés, qui jaillissent (en Erel) de façon totalement imprévisible : on ne sait pas où ni quand ils apparaissent, on ignore également vers où ils mènent, on ne peut pas même prévoir avec exactitude combien de temps ils resteront ouverts. Ces vortex peuvent happer des non-voyageurs.
3. les vortex saisonniers qui s'ouvrent à certaines périodes de l'année en des régions repérées. Certains considèrent les vortex saisonniers comme un sous-type de vortex stables. D'autres estiment que le flou concernant chacun des paramètres du vortex (date, point de départ, point d'arrivée) distingue radicalement les vortex saisonniers des vortex stables.
4. les vortex artificiels créés par la technologie des adeptes. Ces vortex artificiels sont créés par des instruments de taille variable qui peuvent être aussi vastes qu'un bâtiment ou aussi petits qu'un implant cérébral.
5. les vortex mentaux générés par l'esprit des voyageurs nomades.
Il existe une controverse qui oppose ceux qui pensent que les nomades créent un vortex par leur esprit et ceux qui pensent que les nomades n'ouvrent aucun vortex, qu'ils changent la nature même de leur matière corporelle (variation de type vibratoire) ou bien qu'ils se téléportent (transfert de l'information).
Type de document : DJ's classes : l'art du voyage
Auteur fictif : Arte Miss
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Les deux leurres du bréviaire
1. Comme un bottin, le bréviaire recense. Genre sec, apparemment froid et détaché, il entasse avec rigueur des informations anodines ou essentielles, des mots, des idées, des noms propres et communs, des dates, des sottises, tout.
Or, paradoxalement, l’effet produit par cette effusion de vocables exotiques, difficiles, inaccessibles, étranges, étrangers ou simplement exhaustifs, s’apparente à l’abandon langoureux et primitif éprouvé dans l’écoute de la musique ou de la poésie. La rationalité dépecée et systématique du bréviaire engendre un sentiment nourricier, un sommeil hypnotique et ronronnant, un entendement non intellectuel, une appréhension et une cognition sensorielles, hors du rationnel, et qui sont étrangères à la pensée articulée.
Le bréviaire, c’est le détournement baroque du langage classique, c’est le débordement réticulaire de l’écriture linéaire, c’est le champ du signe de la littérature ou plutôt son chant des baleines.
La différence entre le chant du cygne et le chant des baleines étant la qualité qui distingue les sirènes des saint-bernards, les premières ayant pour fonction de perdre le navigateur qui connaît sa route et les seconds ayant pour vocation de sauver le voyageur qui a perdu la sienne.
2. Comme un guide pratique, un dictionnaire ou un volume de référence, le bréviaire dresse un inventaire d’informations. Instructif et documentaire, il aborde un "objet" donné sous des angles divers et complémentaires.
Or, paradoxalement, les données rapportées au lieu de livrer cet objet le rendent de plus en plus mystérieux : d’anodin il devient insaisissable et secret, presque sacré. Finalement, le seul objet que nous semblons rencontrer et découvrir, le seul "objet" qui nous soit dévoilé est "l’auteur" : le bréviaire trahit ses limites et ses organisations, ses liens et ses associations, ses connaissances et ses lacunes, ses envies et ses peurs, ses accointances et ses sursauts, ses désirs et ses obsessions.
L’objet apparent du bréviaire n’est qu’un pré-texte à l’exploration et à l’exposition du système cohérent de signifiants à l’intérieur duquel se positionne son compilateur. Ainsi, la fonction véritable du bréviaire ne s’assimile en aucun cas à l’information mais au récit : celui de l’organisation cosmogonique du rédacteur dans ses choix d’inscription au sein du réel, de l’imaginaire et du langage ; celui de la rencontre fondamentale de l’altérité dans l’écart révélateur des dire et des taire.
Type de document : DJ's classes : récits variables
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun