langue cimmérienne

La langue cimmérienne européenne (dite cimmérien classique) est d'origine inconnue. Elle ne peut pas être rattachée aux langues sémitiques, indo-européennes ou asiatiques.

Elle emprunte son système de transcription à l'hébreu ancien. A moins que ce ne soit le contraire.

Les Cimmériens à travers le monde ne reconnaissent ni ne nient la légitimité de la langue cimmérienne européenne et de son écriture.

Il faut comprendre que les Cimmériens ne pensent pas selon le couple duel "vrai/faux". Ils ignorent le concept de "vérité". Ils utilisent d’autres catégories : ils opposent "la duperie à l’honnêteté" et "la clarté au flou".

Quand honnêteté et clarté se conjuguent, ils considèrent qu’une proposition est "juste" et non pas vraie. Cette "justesse" ne peut pas être remise en cause par des propositions opposées ou paradoxales. Il arrive ainsi que des affirmations contraires soient considérées comme justes.

Les Cimmériens nourrissent ces concepts de "duperie", d’ "honnêteté", de "clarté" et de "flou", de vertus éthiques très spécifiques. Ne peut être honnête qu’une affirmation bienveillante et utile au bien commun. Comme le dit le célèbre proverbe cimmérien "au final, l’honnêteté profite à tous".

Ainsi ils considèrent que le cimmérien européen – en tant que langue officielle du seul pays Cimmérien qui ait jamais existé - est la langue de tous les Cimmériens. Mais ils considèrent également que le cimmérien européen n’est pas la langue de tous les Cimmériens car une telle langue n’existe pas. Les deux affirmations, ne relevant ni de la duperie ni du flou, sont aussi légitimes l’une que l’autre et ne soulèvent aucune controverse.


Type de document : DJ's classes : études cimmériennes

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

sortants

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les deux leurres

Les deux leurres du bréviaire

1. Comme un bottin, le bréviaire recense. Genre sec, apparemment froid et détaché, il entasse avec rigueur des informations anodines ou essentielles, des mots, des idées, des noms propres et communs, des dates, des sottises, tout.

Or, paradoxalement, l’effet produit par cette effusion de vocables exotiques, difficiles, inaccessibles, étranges, étrangers ou simplement exhaustifs, s’apparente à l’abandon langoureux et primitif éprouvé dans l’écoute de la musique ou de la poésie. La rationalité dépecée et systématique du bréviaire engendre un sentiment nourricier, un sommeil hypnotique et ronronnant, un entendement non intellectuel, une appréhension et une cognition sensorielles, hors du rationnel, et qui sont étrangères à la pensée articulée.

Le bréviaire, c’est le détournement baroque du langage classique, c’est le débordement réticulaire de l’écriture linéaire, c’est le champ du signe de la littérature ou plutôt son chant des baleines.

La différence entre le chant du cygne et le chant des baleines étant la qualité qui distingue les sirènes des saint-bernards, les premières ayant pour fonction de perdre le navigateur qui connaît sa route et les seconds ayant pour vocation de sauver le voyageur qui a perdu la sienne.

2. Comme un guide pratique, un dictionnaire ou un volume de référence, le bréviaire dresse un inventaire d’informations. Instructif et documentaire, il aborde un "objet" donné sous des angles divers et complémentaires.

Or, paradoxalement, les données rapportées au lieu de livrer cet objet le rendent de plus en plus mystérieux : d’anodin il devient insaisissable et secret, presque sacré. Finalement, le seul objet que nous semblons rencontrer et découvrir, le seul "objet" qui nous soit dévoilé est "l’auteur" : le bréviaire trahit ses limites et ses organisations, ses liens et ses associations, ses connaissances et ses lacunes, ses envies et ses peurs, ses accointances et ses sursauts, ses désirs et ses obsessions.

L’objet apparent du bréviaire n’est qu’un pré-texte à l’exploration et à l’exposition du système cohérent de signifiants à l’intérieur duquel se positionne son compilateur. Ainsi, la fonction véritable du bréviaire ne s’assimile en aucun cas à l’information mais au récit : celui de l’organisation cosmogonique du rédacteur dans ses choix d’inscription au sein du réel, de l’imaginaire et du langage ; celui de la rencontre fondamentale de l’altérité dans l’écart révélateur des dire et des taire.


Type de document : DJ's classes : récits variables

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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