les deux faces

Chaque espace a deux faces : une face visible et une face invisible.

Tout le monde connaît les faces visibles des 3 Espaces.
- Pour Erel : le monde tel qu'il est perçu, le cadre quotidien et séculaire.
- Pour Kiméria : le monde tel qu'il est raconté, les mythes et les légendes, les romans, les films et les séries, les tableaux et les ballets, les simulations virtuelles.
- Pour Numer : le monde tel qu'il est pensé et modélisé. Les mathématiques et la philosophie, la biologie et la physique. Et depuis peu, le cyberespace.

Des querelles existent quant au statut de la musique et la métaphysique. Monde formel ou imaginaire ? Kiméria ou Numer?

Quand aux trois faces invisibles, elles ne sont pas accessibles à tous et à chacun. Elles relèvent du voyage interspatial et du Jeu des Perles de Verre.

Arpenter Kiméria, n'est pas plonger dans un film.
Rejoindre Numer, n'est pas tchater sur Internet.
Connaître la face cachée d’Erel, n'est pas regarder, sentir, comprendre.

Il s'agit d'interférer avec un grand continuum qui s'agence sur des modalités différentes. Et de reconstituer, à chaque fois, un autre niveau de réalité sensible.

- Pour Erel : un paysage de contrastes, d’énergies, de vibrations.
- Pour Kiméria : un univers tangible et discontinu, où chaque légende organise une sphère, une contrée, autonome.
- Pour Numer : un lieu où le symbole est devenu élément, où la logique et l’illogique construisent des matières indescriptibles que seules les métaphores peuvent évoquer.


Type de document : DJ's classes : l'art du voyage

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : 1

sortants

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les deux leurres

Les deux leurres du bréviaire

1. Comme un bottin, le bréviaire recense. Genre sec, apparemment froid et détaché, il entasse avec rigueur des informations anodines ou essentielles, des mots, des idées, des noms propres et communs, des dates, des sottises, tout.

Or, paradoxalement, l’effet produit par cette effusion de vocables exotiques, difficiles, inaccessibles, étranges, étrangers ou simplement exhaustifs, s’apparente à l’abandon langoureux et primitif éprouvé dans l’écoute de la musique ou de la poésie. La rationalité dépecée et systématique du bréviaire engendre un sentiment nourricier, un sommeil hypnotique et ronronnant, un entendement non intellectuel, une appréhension et une cognition sensorielles, hors du rationnel, et qui sont étrangères à la pensée articulée.

Le bréviaire, c’est le détournement baroque du langage classique, c’est le débordement réticulaire de l’écriture linéaire, c’est le champ du signe de la littérature ou plutôt son chant des baleines.

La différence entre le chant du cygne et le chant des baleines étant la qualité qui distingue les sirènes des saint-bernards, les premières ayant pour fonction de perdre le navigateur qui connaît sa route et les seconds ayant pour vocation de sauver le voyageur qui a perdu la sienne.

2. Comme un guide pratique, un dictionnaire ou un volume de référence, le bréviaire dresse un inventaire d’informations. Instructif et documentaire, il aborde un "objet" donné sous des angles divers et complémentaires.

Or, paradoxalement, les données rapportées au lieu de livrer cet objet le rendent de plus en plus mystérieux : d’anodin il devient insaisissable et secret, presque sacré. Finalement, le seul objet que nous semblons rencontrer et découvrir, le seul "objet" qui nous soit dévoilé est "l’auteur" : le bréviaire trahit ses limites et ses organisations, ses liens et ses associations, ses connaissances et ses lacunes, ses envies et ses peurs, ses accointances et ses sursauts, ses désirs et ses obsessions.

L’objet apparent du bréviaire n’est qu’un pré-texte à l’exploration et à l’exposition du système cohérent de signifiants à l’intérieur duquel se positionne son compilateur. Ainsi, la fonction véritable du bréviaire ne s’assimile en aucun cas à l’information mais au récit : celui de l’organisation cosmogonique du rédacteur dans ses choix d’inscription au sein du réel, de l’imaginaire et du langage ; celui de la rencontre fondamentale de l’altérité dans l’écart révélateur des dire et des taire.


Type de document : DJ's classes : récits variables

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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