On pourrait imaginer qu’ils se sont parlés, qu’ils ont joué, qu’ils ont ri. On pourrait croire que tout de suite ils ont eu envie de se prendre par la main et d’oser un baiser doux et gentil. On pourrait penser qu’ils se sont dit leur nom. Que Loula, Ludivine, Coquine a montré sa collection d’objets égarés et que P’tit Gars a révélé son album de clichés rétiniens.
Mais d’habitude, quand on imagine, on croit et on pense, on se trompe. On ferait mieux d’attendre d’être informé. Et encore ! Par des sources multiples, autonomes et fiables.
Alors ! ? S’est-on seulement renseigné sur la crédibilité et le sérieux de ce chantre qui a la prétention de rapporter une histoire ? Qui est-il en réalité ? Que sait-on exactement de lui ?
Il prétend être une femme mais ! Ce ne sont pas quelques petits accords au féminin qui suffisent à constituer une preuve et à bâtir une certitude ! Surtout pas en matière de fiction !
Rien ne certifie, qu’en fait, il ne s’agisse pas d’un "drague couines" littéraire, d’un travesti des papiers, d’un fraudeur de genre. Bien au contraire ! Le substantif "chantre" appartenant à la catégorie des noms communs masculins, ceux qui l’endossent deviennent raisonnablement, logiquement et forcément des hommes.
[décret n°4732 alinéa 52 du code civil des "on dit" de la 5ème république littéraire bananière].
Type de document : chants des griots
Auteur fictif : Griot Farceur
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
J'ignore ce qui me pousse,
depuis des années,
à écrire ces textes,
à les relier,
inlassablement,
avec ténacité,
à les préparer
pour l'accrochage d'autres textes encore,
selon le modèle des premières stations spatiales en construction.
Quelle que soit la saison,
quelle que soit la réponse,
quelle que soit la réalité,
les épreuves,
le travail,
l'échec ou le succès,
je continue.
Opiniâtre, obstinée,
parfois obsédée.
De moins en moins.
L'objet m'échappera, c'est certain.
Il devient vivant.
Un texte vivant,
soumis aux lois de la maturation,
de la croissance,
de l'entropie,
de la dégénérescence.
Qu'en verrai-je ?
Qu'en saurai-je ?
Un désir : lui donner les structures nécessaires pour qu'il ne devienne pas un cancer ni un chaos.
L'aider à grandir et à s'autonomiser.
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Printemps de la Démocratie
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun